Mercredi dernier sortait le huitième tome de Lastman. Les fans étaient impatients de retrouver Richard Aldana et toute son équipe dans la suite de cette histoire se déroulant dans un riche univers de science-fiction et de heroic fantasy. Et si vous n’avez jamais lu cette bande-dessinée, vous en avez peut-être déjà entendu parler (sans doute grâce à sa future adaptation en jeu vidéo ou encore grâce aux auteurs de la BD qui sont assez actifs sur les réseaux sociaux). Cependant, beaucoup de personnes semblent ne pas oser lire cette oeuvre pour une raison assez simple : ils ne savent pas ce qu’est Lastman. La BD a le format d’un manga, mais elle est dessinée comme une BD franco-belge et se déroule dans un monde qui pourrait être celui d’un comic américain. Alors, c’est quoi Lastman ?

Un shonen à la française

Lastman, c’est d’abord l’idée de Bastien Vivès. Après le succès de sa bande-dessinée Polina (Prix des Libraires de Bande Dessinée et Grand prix de la critique de l’ACBD de 2012), l’auteur propose à Didier Borg, éditeur du label KSTR de Casterman, un projet de shonen à la française, dont le rythme de parution serait semblable à celui des séries américaines ou celui des parutions de mangas au Japon. Pour travailler dans ces conditions, il fallait que d’autres personnes participent au projet. C’est ainsi que Yves Balak et Michaël Sanlaville, deux auteurs que Vivès a rencontré à la célèbre école d’animation des Gobelins, ont crée Lastman.

A travers ce projet de manga à la française, les trois auteurs veulent créer un univers riche et “transmédia” pour que la franchise puisse être déclinée sur différents supports, notamment avec une série animée qui sera normalement diffusée cette année sur France 4, faisant office de préquelle à la BD ainsi que le jeu vidéo, un jeu de combat pensé comme un produit dérivé venant de l’univers de la bande dessinée. Cette volonté d’enrichir ce monde n’est pas anodine, puisque les auteurs souhaitent étendre l’univers de leur oeuvre comme George Lucas avec Star Wars, une des principales sources d’inspiration du trio. D’ailleurs, Lastman est bourré de références culturelles. Certaines références sont assez évidentes, on y retrouve les codes habituels des nekketsus (avec le jeune héros naïf qui participe à un tournoi pour donner le meilleur de lui-même) ainsi que l’ambiance de certains blockbusters américains des années 80/90 comme Mad Max ou Rocky. Evidemment, il y a aussi des références que seuls les lecteurs français pourront comprendre: par exemple, on retrouve dans les premiers tomes deux personnages ressemblant étrangement… aux frères Bogdanoff. Je pense que vous avez compris: le gros point fort de Lastman est son incroyable mélange culturel et de références qui font que le monde de Lastman est incroyablement riche (ce qui n’est pas sans rappeler le mélange de SF, de mythologie et de mondes merveilleux de la saga Star Wars).

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L’histoire

L’histoire de Lastman commence simplement mais efficacement : un tournoi de combats en équipe est organisé (qui fait directement référence aux Tenkaichi Budokai de Dragon Ball) dans la Vallée des rois, un monde paisible d’heroic fantasy (les habitants de ce monde se battent avec des invocations et des boules de feu). Adrian Velba, un enfant voulant participer au tournoi, n’a plus de partenaire et doit donc abandonner. Mais au dernier moment, un étrange homme se nommant Richard Aldana arrive dans la Vallée des rois et décide de devenir le coéquipier d’Adrian. Cependant, ce personnage est très différent des habitants de la Vallée des rois: il est habillé comme quelqu’un de notre monde, il parle différemment des autres personnes de la Vallée et surtout, sa manière de se battre est totalement différente de celles des autres combattants, il agit comme un boxeur et surpasse en tout point ses adversaires qui se défendent avec des invocations en leur donnant de violents coups de poing.

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Une œuvre originale

Je ne vous en dirais pas plus sur l’intrigue de Lastman, mais malgré la simplicité de la situation de départ qui peut paraître cliché, l’oeuvre se révèle très originale : les dialogues sont dignes des meilleurs buddy movies des années 80, l’intrigue est totalement folle (il y a de nombreux twists dans l’histoire) et les auteurs abordent des thèmes jusqu’ici presque jamais exploités dans un shonen, notamment la relation mère-fils qui est le centre du scénario de Lastman et qui est donc omniprésente tout au long de la série, alors que les protagonistes de nekketsu sont généralement des enfants ou des ados dont les parents ne sont jamais présents ou évoqués dans l’histoire. C’est ce genre d’éléments qui font la force de Lastman : on nous présente des clichés pour ensuite les déconstruire. Et si je devais trouver un défaut, c’est que cette déconstruction est trop lente. L’introduction dure deux tomes et on subit donc pendant un moment le cliché du “mec trop cool qui lance des punchlines toutes les secondes, même dans les pires situations”, celui de la “mère au foyer au fort caractère qui élève seule son fils” ainsi que celui du “jeune héros un peu naïf mais super balèze dont les autres se moquent”. En revanche, le style de dessin de Bastien Vivès est lui aussi très original, puisque que ses dessins en noir et blanc sont assez sobres mais paradoxalement très dynamiques, ce qui est essentiel dans une oeuvre où les combats sont un des thèmes principaux !

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Bilan

Lastman a toutes les qualités pour devenir une oeuvre culte: ses personnages sont marquants, l’histoire est aussi amusante qu’imprévisible et les références culturelles y sont omniprésentes sans pour autant gâcher la lecture. Cest donc à la fois une oeuvre pour les nostalgiques des années 1990 mais aussi pour les lecteurs de BD cherchant de l’originalité dans le paysage culturelle. En plus de cela, la série commence à prendre de plus en d’importance dans le monde du neuvième art puisque la BD remporta en 2015 le prix de la meilleure série au Festival d’Angoulême. Grâce à cela, Lastman sera encore présent cette année au Festival d’Angoulême puisque une exposition nommée “Lastman : Universe” y sera présentée. Bref, c’est un succès critique et commercial en Europe (et la série a même été exportée aux Etats-Unis et en Corée du Sud) et l’univers de la BD est décliné sur d’autres médias : vous n’avez pas fini d’entendre parler de Lastman ! Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, certains chapitres de la BD sont disponibles gratuitement sur Delitoon !

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