Que dire si ce n’est qu’il est difficile d’être objectif face à un morceaux aussi délicat que celui-ci ?

Piqure de rappel : ce fameux featuring avait été annoncé depuis un certain temps déjà sans pour autant de date. Je n’aurais sans doute pas cru qu’il sortirait hier : en effet, le duc de Boulogne avait déjà comblé nos oreilles grâce à son clip de 92i Veyron la semaine dernière. Illustrant ce qui est pour moi le meilleur son de ses 3 derniers albums (i.e. Futur, D.U.C. et 92i Veyron). Un flow maitrisé, une belle prod’, de la sobriété : on ne pouvait alors pas reprocher grand chose à ce premier clip si ce n’est la mollesse.

Mais ici, cela dépasse bien toutes mes attentes.

Le clip

Un plan-séquence de 4 minutes 28, une Mercedes rouge immergée dans les eaux normandes de Trouville-sur-Mer, un zoom progressif vers l’horizon reléguant les chanteurs au second plan (du cadre puis de l' »histoire »). Les deux l’un à côté de l’autre s’ignorant comme dans un tableau d’Edward Hopper.

Room in New York (de Hopper), Here, l'absence de communication directe semble traverser les âges

Room in New York (E. Hopper), Here (Arthur King), l’absence de communication directe semble traverser les âges

Comment ne pas apprécier une chanson avec un si joli clip ? Sobre et efficace, à l’image du couplet de Booba (on y reviendra).

Paroles

Après un petit « queen » subliminal de Booba (marquant ainsi tout son respect) commence le couplet de Christine and The Queens. De ce côté là rien de nouveau, il est directement issu de son dernier album Chaleur Humaine.

C’est sans doute grâce (/à cause) de tout mon admiration pour cette khâgneuse que je ne m’aventurerais pas dans une analyse des paroles de peur de les dénaturer. D’ailleurs cela serait assez vain. La prose de Christine est sans consigne, elle n’est qu’instinct et ressentis. Trouvez-y un écho ou passez à côté. Seul bémol dans ce couplet les petites gérémiades de Booba (« izii ») assez superflues et pas très harmonieux.

Vient ensuite le couplet tant attendu, celui de Booba. S’ouvrant sur un magnifique « izi, 70 000€ en poche / avenue de la Précarité je roule en Porsche », la punchline annonce la couleur : un couplet marqué sous le signe de l’égotrip.

Je suis le CAC40 T’es le smic de GrèceBooba
Ainsi, on voit bien que Booba n’a pas souhaité mettre plus de poésie dans son couplet à cause de ce featuring prestigieux. Cumulant références familiales, comparaisons, métagores dont il a le secret, l’instru donne une nouvelle dimension au rappeur tout en conservant son authenticité (marquée aussi par l’absence de vocoder).

Redonnant lettres de noblesses à un rap français trop souvent critiqué car jugé sans connaissance de cause. Booba gagne un certain prestige de cette « mise en scène » (filmique comme musicale), lui donnant une profondeur et une légitimité à son titre de duc.

De la sous-culture d’analphabètes à la musique de hipster

Ce n’est peut-être pas évident mais être un amateur de rap français convaincu c’est aussi parfois se battre contre des moulins. On a en mémoire l’intervention de Zemmour sur France Ô

Qualifiant le rap de « sous-culture d’analphabètes » ce dernier avait dans un premier temps posé la question de la hiérarchie des cultures mais aussi celle de la légitimité du rap et de son appartenance à la chanson française. A la croisée des genres on avait déjà eu Gainsbourg et Aux Armes Et Caetera mettant le chant patriote sur un rythme reggae mais aussi plus récemment Stupeflip mélangeant rap, rock et ritournelles de variétés. Mais la rencontre chanson française (intello, bobo, hipster, etc.) et rap (hardcore, gangsta) est bien plus rare (si ce n’est quadi inexistante).

Non seulement les mythologies de Booba et de Christine and the Queens s’entremêlent à merveilles mais surtout ce clip me laisse extrêmement optimiste pour la postérité. En effet Booba n’a pas cherché à s’adapter au public de Christine (gardant des références que seuls ses fans comprendront) mais cela marche à merveilles ! J’espère que cette démarche pourra inspirer de nombreux autres artistes. On avait déjà eu un rap co-signé Abd Al Malik et Daniel Darc et j’espère que le rap continuera à s’allier avec tout ce que la musique française fait de mieux : non seulement pour la qualité du travail mais aussi pour débarrasser le rap français de ses préjugés et lui rendre ses lettres de noblesse.

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