J’ai récemment jeté l’ancre à l’IBoat à l’occasion du très attendu concert de Fenster. En prime, le public a eu droit, non pas à un simple concert, mais (accroche toi) à un ciné-concert ! Le groupe, basé à Berlin, a sorti en 2015 l’album Emocean, et quoi de mieux pour l’accompagner qu’un film aux allures de Metropolis coloré et psychédélique ? Le film, introuvable sur internet mais dont le trailer donne un petit avant goût de ce qui va te tomber dessus, est un mélange de comédie dramatique musicale et de dystopie, le tout filmé en format VHS par Fenster. Un groupe plein de bienveillance puisque le Tumblr du film te propose un « make everything OK button » en cadeau.

Le film

Une expérience du corps, de la pensée et de l’esprit
Tout commence par un documentaire plutôt longuet : les membres du groupes (Jonathan Jarzyna, JJ Weihl, Lucas Ufo et Will Samson) tentent difficilement d’enregistrer leur album. Will Samson, le batteur, n’en fait qu’à sa tête : sa « dark side »  apparaît. La joyeuse troupe embarque ensuite dans le van de la tournée : tandis que Samson joue à la Game Boy, le reste de la bande s’endort. Ils se réveillent bloqués dans une dimension alternative qui semble être contrôlée par le jeu de Samson (c’est au même moment que, dans la réalité, le groupe apparaît sur scène pour accompagner son film). Eux mêmes acteurs de leur trip cinématographique, ils se retrouvent prisonniers d’une dystopie tenue par les mains de fer de pseudo hippies en gilets violets et pattes d’éf’.
Nos héros, coincés dans une dimension alternative

Nos héros, coincés dans une dimension alternative. ©Fenster

Les opprimés ? De pauvres citoyens en costumes trois pièces ternes, aux cernes creusées, interdits de toute émotion (littéralement), dont fait partie le groupe… mais pas au complet ! Samson, lui, est érigé au rang de deux divinités : une bonne, Samson, et une mauvaise, Nosmas, le méchant de l’histoire, celui qui rend tout le monde malheureux.

Nosmas. Tu flaires la méchanceté ?

Jonathan, JJ et Lucas doivent lui échapper, et Samson va les aider dans cette tache délicate. Le tout jusqu’à la bataille finale, opposant Samson et Nosmas (au cas où tu n’aurais pas remarqué : lis Nosmas à l’envers). Le film se solde par la mort de nos héros, sauvés par Samson, et leur renaissance … puis par leur réveil, dans le monde réel, devant le mythique Berghain à Berlin, où leur premier ciné concert a eu lieu : « I think I just died ! » (Jonathan).

Les images défilent, des plus ternes aux plus colorées dans le film loin d’être dénué d’humour. J’ai remarqué la présence récurrente d’une aubergine, la même que celle de la pochette de l’album ? On ne peut qu’être absorbé, rien ne détourne l’œil de cette petite merveille fantastique qui détruit la limite entre rêve et réalité à grand coup de mosaïques, d’effets spéciaux et de costumes, tous psychédéliques ! Le groupe a su revisiter le genre « film-de-science-fiction-des-années-60 » avec talent et humour. J’espère avoir la chance de revoir Emocean. Fenster offre un film original, drôle et beau, mais qui n’est complet qu’avec une bande son de qualité.

L’album

Il est la bande son du film, mais pas que… c’est avant tout un album pop psychédélique à part entière ! Pourtant, impossible de résumer l’album à ce simple genre : il est très (très) varié, aucune piste ne se ressemble et les influences s’enlacent (psyché, pop, rock, funk, des 60’s à nos jours…). Quelques instruments s’immiscent dans l’album et le rendent d’autant plus complet : flûtes, synthétiseurs, et ce qui pourrait ressembler à un tongue drum.  En l’écoutant, impossible de ne pas se rendre compte que l’album a été fait pour un film : les rythmes et les mélodies sont parfois enjoués et entraînants, doux et apaisants, ou encore mélancoliques et sombres, et permettent de se représenter une scène. Certains collent au bon Samson, d’autres au mauvais Nosmas par exemple.

L’album est surtout instrumental, mais la complexité des morceaux fait en sorte qu’on ne s’ennuie pas un seul instant en l’écoutant, il y a toujours une sonorité, aussi minime soit-elle, qui attire l’oreille, puis une autre, différente, et ainsi de suite, jusqu’à la fin de l’album, qu’on ne peut s’empêcher de réécouter.

Un extrait de la fin du film, les héros sont morts mais jouent toujours.

Le projet album/film est abouti, une vraie belle réussite, les deux se complètent à merveille, nous transportent dans un autre univers, qu’on le veuille ou non. Un univers scintillant, fantastique, qu’on ne voudrait jamais quitter : celui des wunderbar Fenster.

L’album est disponible sur Spotify :

Une réponse

  1. Avatar
    Suzanne

    Suzanne adore vraiment super article ! Hummmmm j’adore le groupe ! Très bien écrit ! Bravo

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