Si Alphago a (re)fait parler de l’intelligence artificielle et du deep learning, il est bon de ne pas oublier que les recherches en la matière ne se limitent pas à des jeux de plateaux. Plutôt que de vainement tenter de passer en revue tous les domaines où l’apprentissage automatique est utilisé, on peut s’intéresser à Archillect. Désignée par ses créateurs comme une « muse » cette intelligence synthétique s’attache à réunir tout ce que l’internet connait de beau et le reposter.

Capture d'écran d'Archillect.com

Capture d’écran d’Archillect.com

Une beauté objective ?

Mais alors, cela suppose-t-il qu’on la tient enfin notre beauté universelle ? Celle qui provoquerait l’admiration de l’amateur d’art comme celle de l’élève de CP ? Et bien ce n’est, comme vous vous en doutez, pas si évident que ça… Un compte Twitter (Worst Of Archillect) avait d’ailleurs essayé de regrouper tout ce qu’Archillect postait de pire. Et pour cause, il est vrai que les photos n’ont parfois rien d’intéressant (ou inspirant comme les créateurs aiment le dire) ou de joli.

Cependant, dans une large majorité des cas, l’intelligence ressort des images avec une sorte de beauté que l’on ne saurait expliquer (en admettant que l’on puisse expliquer la beauté…). En effet, ce qui est intéressant avec Archillect, c’est que si la beauté ne semble pas pouvoir être objective au sens strict du terme — il y aura forcément quelques personnes pour dire « c’est pas de l’art » —, elle semble l’être dans un sens plus statistique. Les 71 000 abonnés Twitter apprécient leur dose d’esthétique quotidienne et en redemandent, à croire que presque tout le monde y trouverait son compte. Le beau objectif serait-il alors non pas celui qui plait à tout le monde mais celui qui plait à beaucoup et ne déplait à personne ? La question reste entière…

Pinterest dArchillect, là où se croisent intérupteur et

Le Pinterest d’Archillect où se croisent thermomètre et pochette d’album de The Glitch Mob

Une beauté socialisée ?

Pour faire tourner les algorithmes, le poids des partages est plus important qu’il n’y parait. L’intelligence va se servir de mots-clés pour choisir ses images mais une fois celles-ci postées, la machine va apprendre quels « tags » aboutissent à des illustrations esthétiques. A chaque post, Archillect se sert des nombres de likes, retweets et pins pour évaluer la popularité d’une œuvre. Il se forme ainsi des combinaisons de mot-clés « plaisants » et d’autres moins. Plus l’intelligence publie, plus elle apprend ce qui « fonctionne chez le spectateur » ou pas. Et là réside tout l’intérêt du projet. Si les algorithmes apprennent à connaitre le beau au rythme d’une image tous les quarts d’heure, les recherches tendent-elles vers une beauté absolue ?

Malheureusement, il semblerait que cette perception soit doublement biaisée et ce, justement à cause de l’outil social. Premièrement, aime-t-on vraiment les photos d’Archillect ou fait-on semblant pour afficher aux autres un goût indubitablement parfait ? Le partage de photos peut viser une cause noble : diffuser le beau. Mais, sans que cela soit forcément conscient, ne serait-ce pas simplement une envie d’être reconnu comme « personne à bons goûts » sans trop prendre de risque qui nous pousserait à le faire ?

Deuxièmement si la perception des autres nous encourage à partager elle peut aussi tout simplement nous apprendre à aimer. Ce phénomène ne touche pas qu’Archillect mais le fait que les réseaux sociaux y soient intrinsèquement liés l’accentue. Combien de fois avez-vous ri à une blague que vous n’aviez pas comprise ? Ce besoin de réagir comme son entourage l’attend peut également modifier notre perception de l’art. De la même façon voir une personne aimer une œuvre peut vous amener à revoir votre jugement dessus.

Conclusion

Archillect reste une belle initiative malgré quelques défauts et limites (dont celle de ne pas pouvoir remonter la source jusqu’aux auteurs des œuvres).
En échange d’inspirations variées, vous pourrez aider une intelligence artificielle à trouver le Beau et pourquoi pas aiguiser votre définition de ce dernier. Et qui sait, peut-être qu’un jour les androïdes dessineront des moutons électriques…

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