Et hop ! Un de plus…. George Martin, que l’on surnommait le “5ème Beatles”, s’est éteint le 8 mars dernier. J’étais justement en train d’écrire un article sur les Beatles, groupe qu’il aura produit et porté de leur début à leur séparation.

George Martin (au centre) entouré des Beatles

George Martin (au centre) entouré des fab four ©thebeatles.com

Il faudrait maintenant chercher à rendre hommage à George Martin, sans qui les Beatles n’auraient jamais rencontré le succès qu’ils méritaient et sans qui les années 60 auraient été beaucoup moins colorées. Mais comment ? La carrière des Beatles et de leur producteur est riche en qualité et en quantité, les angles d’attaque sont donc nombreux. Pourquoi alors ne pas revenir sur un moment clé de leurs carrières respectives, événement qui couronnera les Beatles et la musique pop.

Le 1er juin 1967, les Beatles sortent Sgt. Peppers Lonely Heart Club Band et assoient leur suprématie sur la musique pop des années 60, mais aussi sur la musique pop des millénaires à venir.

Bien qu’un article entier mériterait d’être consacré a cet album, considéré par certains comme le plus grand album de tous les temps, on peut néanmoins rappeler qu’après sa sortie, Sgt. Peppers devient l’hymne du “summer of love” aux États-Unis et que les Beatles deviennent presque officiellement les maitres du monde. Et justement cela fait bientôt 10 mois que les producteurs de la BBC on une idée derrière la tête : produire la première émission de télévision retransmise en direct sur toute la terre, une émission intitulée “Our World”. On a réuni plus de 10 000 techniciens travers la planète, des dizaines de traducteurs sont convoqués et ainsi, on invite chaque pays à animer un segment de l’émission en live.

Bien que l’on notera l’apparition de Pablo Picasso lors de l’émission, une seule prestation sera retenue par l’histoire : celle des Beatles. On leur a en effet demandé, et tout particulièrement a John Lennon, d’écrire une chanson pour célébrer et unifier l’humanité car à cette date, la guerre des six jours vient de s’achever et la guerre du Vietnam fait rage. All you need is love est donc écrite spécialement pour clôturer l’émission.

Le 25 juin 1967, Our World est diffusée et battra tous les records d’audience en réunissant entre 400 et 700 millions de spectateurs. Mais au delà de l’aspect “record”, le clip de All you need is love renferme quelque anecdotes et secrets croustillants qui décrivent bien l’ambiance des sixties londoniennes.

Les Beatles en live

Un lieu mythique

La séquence des Beatles est diffusée non loin du quartier de Camden à Londres, plus précisément au numéro 3 d’Abbey Road.. Vous me voyez venir ? All You Need Is Love à en effet été retransmise de l’énorme studio 1 d’Abbey Road Studio (anciennement nommé studios EMI), lieu phare de la musique du XXème siècle et particulièrement des années 60. Même si notre Cloclo national y aura enregistré aussi un album, on retient surtout le travail des Beatles et des Pink Floyd en ce lieu.

L’un des premiers studios à posséder un magnétophone 4 pistes au début des années 60 et un des rares à posséder un 16 pistes au début des années 70 , il n’est pas étonnant que les Beatles y ait enregistré 90% de leurs titres.  Grâce à George Martin, ayant rejoint les studios EMI dans les années 50, les Beatles y enregistrent de leur premier single Love Me Do, à leurs premières expérimentations sur Revolver, jusqu’au dernier album produit par George Martin : Abbey Road. Les Pink Floyd eux, y ont enregistré le monument psychédélique Atom Heart Mother (meuh meuh) et leur non moins célèbre Dark Side of the Moon. La technologie présente dans les studios, ainsi que le talent d’ingénieurs du son comme Alan Parsons, ont permis à ces deux groupes d’accoucher d’albums très riche en matière sonore et de populariser certains tricks audios comme la Cabine Leslie ou les guitares électriques jouées à l’envers (voir I’m Only Sleeping).

Revolver (Beatles) et Atom Heart Mother (Pink Floyd)

Revolver et Atom Heart Mother

Quel autre endroit à Londres qu’Abbey Road Studios pour livrer une performance unique comme celle qui se prépare ?

Une performance unique

Penchons-nous maintenant sur la séquence en elle même. Tout d’abord, l’homme en chemise que l’on voit dans les premières secondes du clip est notre regretté George Martin. Vous parait-il calme et serein ? En tout cas cela m’étonnerait qu’il le soit : bon-vivant qu’il est  il vient de planquer le whisky sous la console ce coquin. En même temps on le comprend, les Beatles sont des fortes têtes et le chemin a été long et sinueux jusqu’aux premières secondes de la diffusion.

George Martin avait pour ambition d’enregistrer une piste de base solide, pour que les Beatles n’ait plus qu’à faire du playback par dessus et ainsi minimiser leurs chances d’erreurs. Mais après quelques répétitions peu productives, l’amicale rivalité entre Lennon et Mc Cartney les conduit à se lancer le défi de jouer live devant 400 millions de spectateurs potentiels, entrainant le reste du groupe avec eux : Starr et Harrison joueront eux aussi en live. George Martin doit dorénavant compter sur le professionnalisme des Beatles et de l’orchestre les accompagnant. Si on ajoute à cela le fait que la liaison entre le studio et le camion de production vient d’être coupé et que George Martin doit gérer la situation en suivant les indications par téléphone, on lui pardonne son écart alcoolisé.

Je vous ai parlé du professionnalisme des Beatles ? C’est peine perdu : Mc Cartney n’a presque pas dormi de la nuit pour dessiner sa chemise et John Lennon qui panique annonce aux producteurs qu’il va surement oublier les paroles (il n’oubliera finalement que son chewing-gum qu’il mâche avec frénésie).

Mais malgré un démarrage chaotique, du moins loin des codes et de la rigueur du live tel que on le connait aujourd’hui, la séquence se déroule sans encombres : les musiciens tiennent la route, le décors constitué de fleurs, de ballons et de messages d’amour tient en place. Le public quant à lui se tient tranquille, mais quel public ! En effet si on aperçoit Mick Jagger à 2 min 38 secondes, ce n’est pas tout. Eric Clapton (en trio avec Cream à l’époque) est présent, ainsi que Keith Richards, Keith Moon (batteur de The Who), Graham Nash (qui formera plus tard CNS&Y) et Marianne Faithfull. Pas si étonnant que ça de les retrouver ici : le swinging london est une époque ou l’on peut rentrer dans des salles comme l’UFO et s’assoir aux cotés de Jimi Hendrix et Pete Townsend. Les artistes majeurs du Londres des années 60 sont réunis autour des Beatles, pour chanter un texte si simple mais si juste : tout ce dont tu as besoin est l’amour.

Les Beatles avec des pancartes

La diffusion se termine, comme prévu, sous une pluie de confettis avec une joyeuse cacophonie : le pari des Beatles est réussi, un record d’audience est atteint, une page de l’histoire de la musique est écrite. Si cette séquence a été difficile à mettre en place, si il y a des imperfections : c’est cela qui la rend unique. Ce clip tourné en live pour Our World est représentatif d’une époque, d’une mentalité. En 1967 tout est encore possible et tout est encore à faire : Londres est le centre culturel du monde, les classes populaires débarquent avec leur groupe de rock dans les quartiers bourgeois de la capitale les mentalités changent, les jupes se raccourcissent, la jeunesse flotte sur le nuage du summer of love, on croit (encore ?) à la paix à l’amour et à la réconciliation entres les nations. Sans les Beatles, sans George Martin, ces courtes mais douces années d’euphorie et de rêves n’auraient pas été les mêmes. Le magazine Rolling Stone demanda un jour à Barry Miles, une figure importante de l’underground londonien des sixties : “Quel est le moment des années 60 à Londres qui vous a laissé le meilleur souvenir ?“. J’aimerais conclure avec sa réponse qui pourrait résumer tout l’article :

La session d’enregistrement de “All You Need Is Love” à Abbey Road. Il y’avait tout le monde, les Smalls Faces, les Rolling Stones, assis part terre à fumer du shit et à regarder les Beatles jouer, perchés sur des tabourets. L’enregistrement était en direct, c’était la première retransmission télé internationale. Ils avaient écrit une chanson dont les paroles étaient si simples qu’elles pouvaient être comprises partout. Tout le monde portait ses plus beaux habits, l’énergie était vraiment incroyable

 

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