Lorsqu’on est développeur indépendant, il est difficile de se faire connaître. On ne peut pas faire « comme les grands » : faire des articles sponsorisés, des trailers en CGI, ou encore coller des affiches dans toute la ville. Non, il faut trouver d’autres moyens moins onéreux pour toucher les joueurs, généralement grâce à Internet. Certains, comme Amnesia ou Five Nights at Freddy’s se sont fait connaître grâce aux hurlements de vidéastes comme Pewdiepie ou Markiplier, d’autres, comme Undertale, grâce à leur communauté sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas le cas de Destructive Creations.

En octobre 2014, Hatred débarquait sur Steam Greenlight, la plateforme de Valve permettant aux utilisateurs de voter pour les jeux indés qu’ils voudraient voir disponibles sur Steam. Le jeu en question nous proposait d’incarner «The Antagonist », qui est probablement le personnage le plus edgy que j’ai vu de toute ma vie de joueur. Il nous explique dans un trailer en noir et blanc, à l’aide de sa voix trogravtrobadass à quel point les humains ils sont tout pourris il faut trop les tuer et oulala il est trop dark. Après avoir rechargé son fusil d’assaut, notre cher emo sort de chez lui et commence à tirer sur les passants. S’ensuit des images du jeu voulant nous faire croire qu’il y a plein de façons de tuer les innocents dans ce jeu (alors qu’en fait on tire et achève au corps à corps, seules les animations changent) avant de nous demander gentiment de voter pour lui sur Greenlight. Le jeu aurait pu être oublié sans la magie des polémiques sur Internet.

En effet, le jeu s’est fait une réputation exclusivement grâce à son retrait de Steam, son retour en Adult Only, et la découverte des penchants néo-nazis de plusieurs développeurs… Mais finalement, à quoi ressemble-t-il ? Brille-t-il par un gameplay brillant allant de paire avec la direction artistique noire et blanche ? Non. Nous avons affaire à une pale copie au Postal original de 1997 (vous pouvez voir le premier niveau ici), en plus chiant (et 8 fois plus cher). Le jeu est finalement sorti le premier juin 2015, au prix de 16,66€. Un jeu de mauvais goût, un personnage emo, des développeurs neo-nazis, un prix (lui aussi emo) ahurissant. Les mois passèrent, le jeu reçut une mise à jour, et tomba dans l’oubli qu’il méritait. Était-ce la fin pour Destructive Creations ?

Malheureusement non.

Destructive Creations a annoncé un autre jeu qui cette fois-ci n’est plus adressé à d4rk3v1n, 15 ans, membre du groupe « emo en force ! Le rap ces nul !!! » mais à R0XX0R-33, 15 ans, qui va pouvoir prouver son patriotisme en défendant l’Europe contre une horde de vilains islamistes. Pour ce faire, il doit attendre que ceux-ci passent dans le viseur de son énorme mitrailleuse à munitions infinies. Et c’est tout.

Des développeurs utilisant des sujets polémiques pour se faire connaître, avec des jeux de mauvaises qualités, invoquant la liberté d’expression lorsque ceux-ci sont critiqués, c’est cela Destructive Creations.

C’est à cause de studios de ce genre que je pense qu’il faut arrêter de défendre aveuglement le jeu-vidéo, mais plutôt mettre en avant des titres plus intéressants. Pour rester dans le thème de la violence, Hotline Miami, par exemple, interrogeait le joueur sur les raisons qui le poussaient à continuer à y jouer, et donc à tuer des gens. De plus, le jeu n’utilisait pas la violence et la polémique comme argument de vente, préférant s’appuyer sur son OST (que vous devez absolument écouter si ce n’est pas déjà fait) et son atmosphère.

En bref, la prochaine fois que des gens jugeront le jeu-vidéo en utilisant des exemples comme Hatred ou IS Defense, au lieu de défendre ces jeux en invoquant la liberté d’expression, montrez-leur ce qu’est un vrai jeu.

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