Tout commence avec une bombe lacrymo roulant sur le bitume.

Premier plan de Novembre

Puis un à un des bâtiments aux architectures différentes. On voit en eux les emblèmes du pouvoir de l’Etat français. Tous semblent pris à la gorge des fumées et gaz émanants de la manifestation, mais également écrasés sous les sombres nuages de Paris. Ainsi commence ce clip d’Odezenne, réalisé par Jérôme Clément-Wilz (Être Cheval). Novembre se compose ainsi d’un savant et mélancolique mélange d’images de révoltes et de vers subversifs contés par la voix d’Alix Caillet.

De Sans Chantilly à Rien en passant par Dolziger

Pour les rares personnes qui ne connaissent pas Odezenne (anciennement O2zen), il s’agit d’un groupe de hip-hop francophone alternatif aux aspirations electros fondé en 2005 par des amis d’enfances et nommé ainsi suite à une blague. Ils sont depuis acclamés par la presse spécialisée autant que plébiscité par de nombreux amateurs de rap. Chacun de leur EP ou clips vidéos fait l’effet d’un bombe virale à travers les réseaux sociaux.

Ainsi en 2014 sort le très fameux EP Rien, édité par le label fondé par le groupe Universeul. On y retrouve la piste Novembre, l’histoire d’un soulèvement universel qui nous montre les ressentis d’incertitude de l’avenir et le frisson de la lutte face à ce qui nous oppresse. Poussant cette logique d’intemporalité jusqu’au bout, il est intéressant de voir que la chanson ne figure pas dans le dernier album sorti à ce jour : Dolzinger Str.2 mais celui d’avant. DJ Lodjeez faisait alors encore partie du groupe.

Indépendants sinon rien

La logique de production voudrait que l’on ne se concentre uniquement sur la mise en clip des tracks les plus récentes, or il n’en est rien avec Odezenne. Depuis leur création, ce groupe n’a cessé d’être le modèle même de la culture émergente moderne, ils se sont toujours ainsi développés sur les méthodes de bouche-à-oreille et l’aspiration virale que leurs textes apportent. L’exemple le plus marquant reste sans doute les 1000 exemplaires de Sans Chantilly écoulés sans passer par les chemins de distribution traditionnels. Cet éternel aspect anti-conformiste, aux antipodes des canons de productions et de création modernes, se retrouve également dans ce choix de clip.

Novembre, un hymne à la lutte universelle

JEROME CLEMENT WILZ photografiant une manifestation pour le clip Novembre © Corentin Fohlen

© Corentin Fohlen

Quoi de mieux qu’illustrer leurs musiques par la maîtrise totale de Jérome Clément-Wilz ? Le documentariste capte en effet depuis le premier jour les manifestations de Nuit Debout. On voit dans ce clip une rencontre exceptionnelle. Celle de la fiction d’une musique écrite il y a 6 ans avec la froide réalité des luttes du printemps dernier. Novembre cherche à mettre en avant les déchirements liés à l’engouement de jeunes citoyens face aux institutions qui les plongent inexorablement dans le désespoir. Odezenne, #OnVautMieuxQueÇa et Nuit Debout sont d’ailleurs intrinsèquement liés par leurs messages contestataires comme par leurs appels à la mobilisations lancés sur les réseaux sociaux.

Mais dire que Novembre ne parle que de Paris serait oublier le caractère universel des images comme des paroles. En effet le texte n’est originellement pas destiné aux actuels événements. Cette chanson peut toucher chacun de ses auditeurs à sa façon. Nuit Debout n’est qu’un (triste) exemple de lutte.

Le clip suit de bout en bout le point de vue du peuple face aux institutions qui se barricadent derrière des gardes et des militaires. La situation n’a rien d’inédit. Mais dans tous ces combats, une force constante semble apparaitre. On sent à travers cette foule le poids de chaque individu, quelques soient ses aspirations et ses convictions. La portée humaine du conflit se lit sur chaque visage. Ils luttent malgré des institutions n’hésitant pas à user de leur force, non sans un sadisme à peine voilé. Les forces de l’Ordre repoussent tout manifestant avec des strangulations et quelques coups de gaz lacrymo. L’évolution semble inéluctable et les répliques des manifestants n’attendent pas, feux de détresses et poubelles incendiées cristallisent leur colère. Le tout sur une place qui quelques semaines plus tôt était un symbole de recueillement et de rassemblement.

Conclusion

Dernier plan du clip Novembre

Le clip se clôt par des scènes filmées le lendemain matin, celles de nettoyage habituel des rues parisiennes. Ces séquences, sans musique, amplifient le coté dramatique de ces manifestations et de leur non-aboutissement.

Si l’on veut pousser le symbolisme à son paroxysme, on peut voir une machine transportant des cartons et une serviette bleue les déposant dans une benne à ordures. Sur ces cartons étaient inscrits les slogans et reproches des manifestants. Mais ceux-ci servaient également à la construction d’installations et d’abris. Puis cette serviette contrainte à être détruite semble évoquer l’étouffement auquel les mouvements ont dû être soumis. Tout ceci écrasé sous le poids de la machine infernale obéissant à la volonté morbide de réprimer une population indignée.

Avec ce clip montrant la dimension humaine et individuelle du conflit, Jérome Clément-Wilz intensifie la flamme mélancolique et indignée de la musique d’Odezenne. Le clip étant désigné comme le “premier volet d’une série de Clip-docus”, on espère que la suite sera à la hauteur de Novembre.

Une réponse

  1. La Pause

    […] été géniaux. Seul petit regret, que le groupe n’ait pas chanté leur dernier clip : Novembre. Mais après tout, qu’importe, tous les ingrédients de la recette Odezenne étaient réunis […]

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