La douzième édition d’Animasia, ayant eu lieu le weekend du 1 et 2 octobre 2016, nous a donné l’occasion de prendre un peu de recul sur la situation de Mandora. En effet, cette année fut une édition particulière. D’abord car tout le monde avait pris un réflexe quasiment instinctif : celui de prendre en comparaison Animasia et son homologue axé sur les cultures occidentales, le Bordeaux Geek Festival. Deuxièmement car cette année encore, le festival a été victime de son succès empêchant à un nombre important de visiteur l’accès au Hangar 14.

Mise en contexte et état des lieux de la culture à Bordeaux

Pour les gens qui ne connaissent pas Bordeaux, il est temps de faire une brève remise en contexte sur la situation culturelle de cette chère ville. Considérée comme la 5ème aire urbaine la plus importante de France, on peut se demander si sur le plan culturel notre ville est au point.

On peut en douter sur certains domaines. Par exemple, Bordeaux a en guise de plus grande salle de concert la patinoire de Mériadeck. Le public comme les artistes se produisant là-bas s’est toujours demandé pourquoi, aux vues de l’importance économique de l’agglomération, la ville de Bordeaux n’avait pas de salle de concert digne ce nom. On nous a vendus le Nouveau Stade comme capable d’accueillir des concerts mais à ce jour, aucun n’a eu lieu. La culture (hors sport) n’aurait donc été qu’un prétexte au financement d’un Stade Matmut Atlantique pas si utile ?

Ça fait envie n’est-ce pas ?

Pour ce qui est du rapport entretenu entre la ville et les cultures plus émergentes, d’après un bénévole de Mandora, les élus locaux ne sont qu’assez peu concernés. Peu d’entre eux connaissent l’existence du festival ou des diverses actions menées par l’association.

Malgré tout cela, on nous dit que Bordeaux reste un pôle important en termes d’innovations technologiques, notamment culturel avec les jeux-vidéo ou informatique avec le label Frenchtech.

On a dès lors l’impression que malgré la récente institutionnalisation d’Animasia, le développement de la culture « web » à Bordeaux semble minime. Cette impression est d’autant plus forte que certaines villes françaises n’hésitent pas à miser sur des conventions pour renforcer leur image comme leur économie.

Florian Philippot en visite à la Japan Expo, équivalent parisien d'Animasia

Pourtant, même Florian Philippot semble miser sur la culture nippone (© Le Monde)

Animasia face au BGF et aux conventions en général

Organisée en amateur depuis des petits locaux dans une salle de fêtes de Pessac, Animasia est devenue la convention qui s’est le mieux installée dans Bordeaux. D’abord elle profite de son ancienneté mais aussi d’un certain monopole au niveau régional.

Puis est venu le Bordeaux Geek Festival lui aussi organisé par l’association Mandora. Dès sa deuxième édition au printemps dernier, le festival est arrivé à égaler son grand frère asiatique en termes de renommée et d’affluence. Cela s’explique en partie par l’essor de la culture geek en France mais aussi et surtout grâce à la réputation acquise par Mandora. On assiste en effet à une montée en puissance de ces (sous-)cultures. A la base marqueurs culturels pour notre génération « post-Y » puis récupéré par de nombreuses marques.

La culture « Manga » s’est très vite implantée suite à l’amélioration des connexions internet ou aux phénomènes culturels que sont Pokémon et les nekketsu par exemple. Ceci s’est manifesté par l’investissement financier des passionnés et acteurs de cette industrie qui ont œuvré pour lui donner ses (relatives) lettres de noblesse actuelles. Il en est allé de même pour la culture geek et ses jeux-vidéo, ses super-héros adaptés au cinéma (relançant paradoxalement les comics).

Ces deux cultures se distribuent massivement par les mêmes médias (films, séries, jeux-vidéo, comics et manga). Cette émergence entraine également celle de la communauté de fan (fandom). Il en résulte l’apparition de 2 lieux pour que les fans puissent se rencontrer. L’un est virtuel : internet et l’autre « réel » : les conventions. Ces dernières sont en effet un moyen d’exhiber fièrement le résultat de plusieurs heures de travail passées à parfaire son cosplay ou tout simplement de passer de bons moments entre (nouveaux) amis. En effet, n’oublions pas que les conventions sont souvent ce prétexte pour voir « In Real Life » (ou AFK) ses amis rencontrés sur internet. C’est d’ailleurs ce qu’explique très bien Usul dans sa vidéo sur les conventions :

C’est donc dans ce climat regroupant des franges de cultures autrefois underground que les conventions se développent. Ainsi il n’est pas anormal de voir des cosplays de personnages de League of Legends ou Overwatch (2 jeux occidentaux populaires) dans les allées d’une convention ayant pour thème l’ »Asie ».

Accessibilité et organisation

Pour ce qui est de l’accès géographique le Hangar 14, lieu accueillant Animasia, semble l’emporter par sa proximité du centre-ville et d’un axe piéton (les quais). En revanche le Parc des expositions, plus grand, est situé plus loin, au terminus du tram C. Il est cependant accessible en voiture. Ce choix confirme le souhait du BGF d’attirer également un public plus adulte ayant passé son permis de conduire.

Dès lors, l’enjeu est de trouver la bonne équation entre taille du festival et proximité du centre-ville. Il faut en effet s’assurer que le festival puisse avoir assez de fréquentation tout en ne faisant pas un trop-plein. Et c’est avec ce casse-tête insoluble (dans Bordeaux) que nous touchons à un point noir qui a énervé des centaines de visiteurs le samedi de cette dernière édition d’Animasia : l’organisation.

Les paris étaient lancés à la rédaction. Comment allaient-ils procéder cette année pour gérer l’accueil et le flux de visiteurs ? A l’inverse du BGF où il n’y avait eu aucun problème majeur dans l’organisation, l’édition de 2015 d’Animasia avait déjà connu des problèmes (manque de place, sécurité) dû au surplus de monde. Mandora était donc confronté à un choix pour cette édition 2016 d’Animasia :

  • Soit garder l’intimiste Hangar 14 et son système d’entrées classique (préventes et ventes) au risque que les visiteurs perdent une partie de l’expérience positive de la convention ;
  • soit rajouter des locaux ;
  • soit changer de locaux ;
  • soit annuler la convention.

Leur solution adoptée fut la 2ème. Une péniche servait en effet de lieu de conférences et de loges VIP. Cependant on voit bien que ces 2 lieux ne sont pas les plus prisés des visiteurs lambdas. En effet, le festival fut assez vite saturé et de nombreux fans durent renoncer à pouvoir rentrer le samedi. On peut cependant se demander quelles sont les raisons de ce choix si peu judicieux.

Premièrement, Mandora étaient dans l’incapacité de changer de locaux.

Evidemment la comparaison avec le BGF se fait instinctivement. Cette convention bénéficie en effet du Parc des expositions qui dispose d’un espace suffisant pour accueillir tous ses visiteurs. Cependant il serait impossible de déplacer Animasia là-bas. En effet, Mandora a bénéficié d’accords avec la foire internationale de Bordeaux pour aider la logistique du BGF. Il s’avérerait trop onéreux de déplacer Animasia là-bas.

Se sont donc cumulées dans la journée du samedi de nombreuses situations gênantes pour les visiteurs. La file des préventes s’est mélangée avec celle des acheteurs sur place et surtout Mandora n’a pas du tout communiqué avec les gens dans l’attente. Enfin, toute sortie est devenue définitive le samedi à partir de 15h — donnant au passage une surprise très amère aux visiteurs parti manger à l’extérieur —. Suite à cette information, de nombreux visiteurs ayant pu rentrer ont instinctivement décidé de manger à l’intérieur laissant ainsi encore moins de places libres aux nouveaux arrivants.

Finalement, un bon nombre visiteurs a fini par quitter la file, à l’image de cette cosplayeuse nous ayant dit : « C’est désagréable d’avoir passé des centaines d’heures à perfectionner son cosplay, tout ça pour ne pas pouvoir rentrer dans le seul lieu où on peut s’y aventurer librement ». L’expérience fut pire que ce que l’on craignait.
Malgré ce samedi qui a pu gâcher une partie de l’expérience des visiteurs, le dimanche lui s’est (étrangement) déroulé sans problème majeur.

Les espaces et contenus

Sur le plan des exposants, les deux conventions sont assez similaires sur la forme mais divergent par leur contenu suivant la culture mis à l’honneur. Nous avons évidemment pour les deux conventions les traditionnels vendeurs de goodies « cool japan » et d’objets « geek culture ». On retrouve aussi la classique zone de jeux de rôle et de JV et les stands des librairies. Mais il est intéressant de noter la présence d’un espace dédié aux créateurs et acteurs de l’industrie multimédia locale. Ceci est assez genre pour les conventions du genre. L’initiative est pertinente et mérite encouragement.

Cette année Animasia est même allé plus loin en invitant plusieurs studios indiens (pays officiellement mis à l’honneur) et en mettant à disposition un espace créateurs JV. Cependant le problème de la barrière linguistique se posa vite pour ces développeurs étrangers. On pourra également déplorer le manque de mise en avant de leurs produits via la mise en place d’activités rendant leurs stands un peu trop austères pour les visiteurs.

Les invités

Dès la page d’accueil du site d’Animasia, on pouvait voir la forte mise en avant du journaliste et animateur-télé Marcus. Il est vrai que depuis un certaine temps cet homme est le visage de la chaîne Game One, acteur indéniable de l’expansion de l’industrie « otageek » en France. Il semble donc normal que cet invité ait sa place ici. Cependant, on peut remettre en question la présence de la ribambelle de vidéastes qui n’ont pas forcément leur place ici. Ceux-ci n’abordent en effet que peu (voire pas) la culture asiatique mais assure la venue de fans venus pour une dédicace.

Extrait de la liste d'invités à Animasia : un rapport à l'Asie relatif

Extrait de la liste d’invités à Animasia : un rapport à l’Asie relatif

En effet à une convention qui parle de l’Asie, le rapport est trouble entre la culture orientale et les letsplayers minecraft. Mais ne nous le cachons pas, tout ceci est une plus-value très attractive pour les jeunes adolescents que sont les collégiens et lycéens qui voient en ces personnalités des gens divertissants.

En résulte donc un manque de conférences aux thèmes réellement liées aux cultures asiatiques. Même le conférencier sur le système des castes indiennes, un des rares événements liés à l’Inde n’a pas eu le temps de finir sa conférence et a dû laisser sa place pour la réunion de fans d’une web-série française.

Cela rentre en opposition avec le BGF qui a l’honnêteté d’avoir un thème plus large et donc des invités plus raccords. Autre divergence : en plus des invités « youtubers » habituels, le BGF invite des conférenciers et des spécialistes de la culture geek (de ses médias, son économie). Le BGF se permet même un concours pour mettre en avant des chaînes Youtube émergentes en leur offrant un prix servant de « spotlight ».

En bref, cela ne rentre pas dans les espérances de certains visiteurs, qui souhaitent que les vidéastes Youtube restent cantonnés au BGF pour permettre la venue de vrais invités et spécialistes liés aux cultures orientales. Cependant il n’est pas sûr qu’Animasia soit économiquement viable sans ses invités (si à côté du thème soient-ils).

Relativiser il faut

On peut certes se plaindre de la mauvaise gestion occasionnée (du premier jour), mais il faut rappeler cependant qu’Animasia n’est pas la pire des conventions. Évidemment comme chacune d’entre elles, il y a scandales et dramas, mais il faut prendre en compte que comparé aux autres conventions, ceux-ci peuvent sembler minimes.

Les invités ont-ils eu autant de problèmes qu’avec le staff de la CaviCon ? A-t-on eu des annulations par l’organisation d’invités importants au profit d’autres invités déjà présents auparavant ? Cette sélection s’est-elle faite selon le bon vouloir d’un président de convention aussi capricieux que tyrannique ? A-t-on autant de problèmes de contrefaçons et de goodies non-officiels ? Est-ce que la convention n’est devenue plus qu’un gigantesque supermarché ? (Même si, malheureusement, avec les années la réponse à cette dernière question tend vers le oui)

On ne peut que souhaiter le meilleur pour Mandora, qui semble d’avantage voir son avenir avec le BGF. On espère néanmoins qu’Animasia, la convention qui les a propulsés, ne soit pas délaissée et bénéficie enfin de locaux pouvant accueillir tous les visiteurs.

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