Ce lundi 28 novembre, via un so(m)bre tweet, la Gendarmerie nationale a annoncé la fermeture de Zone-Téléchargement.

Tout le monde déteste la police

Fiche : What.cd
Fermé il y a quelques semaines, what.cd était une plateforme de téléchargement de torrent qui se distinguait par son « élitisme ». En effet le site n’était accessible que sur invitation. Celle-ci s’obtenait soit grâce à un tiers ayant un compte soit après avoir passé un entretien portant principalement sur des questions techniques. Le site partageait des albums piratés mais aussi disparus et/ou gratuits.

Cet événement n’est bien sûr pas sans rappeler la récente fermeture d’une autre board : what.cd. Les 2 sites étaient pourtant diamétralement opposés. En effet quand Zone-Téléchargement touchait le plus grand nombre, what.cd n’était accessible que sur invitation. Quand les modérateurs de Zone-Téléchargement n’intervenaient presque jamais, what.cd était plus que rigide en matière de qualité et d’encodages des albums. Là où Zone-Téléchargement se destinait aux Français, what.cd était tourné vers l’international. Et pourtant ces 2 sites ont fini par trouver un point commun : leur fermeture.

On peut donc facilement avoir l’impression que ces interventions répétées des forces de l’ordre dans le domaine de la culture aient un petit côté incendie de bibliothèques. Il faut dire que cette stratégie a de quoi surprendre. D’abord parce que les autorités françaises ont choisi de ne plus s’attaquer au consommateur — comme le faisait (mal) Hadopi — mais au fournisseur. Ensuite parce qu’aucun site ne semble plus à l’abris quelque soit sa taille. En effet si la gendarmerie a estimé à 75 millions d’euros le préjudice de zone-téléchargement, what.cd, lui était surtout un site de partage uniquement musical et davantage dédié aux fouineurs qu’aux de méchants pirates.

R.I.P. What.cd nous ne t'oublions pas

R.I.P. What.cd nous ne t’oublions pas

La fin ?

Alors oui, cette succession de fermetures a de quoi inquiéter, d’autant plus qu’elle s’accélère. D’abord en 2009, Mininova supprime tous les torrents illégaux de son site. C’est aussi cette année-là que les utilisateurs délaissent eMule et LimeWire devant la menace Hadopi. En 2012 c’est Megaupload qui ferme. Puis plus grand chose jusqu’à ce qu’en 2015 FrenchTorrentDB perde sa base de données et Downparadize ses serveurs. Enfin en 2016 c’est au tour de Wawa-mania, KickAssTorrent, Zone-Téléchargement et what.cd de rendre l’âme.

Alors oui ce constat peut se nuancer. The Pirate Bays et KickAss Torrents, les 2 plus grands sites de torrent, réussissent à survivre grâce à des proxies ou des sauvegardes. Cependant, qui sait combien de temps celles-ci tiendront, si elles seront toujours fiables ou encore si des internautes seront encore tenté·e·s de poster des liens dessus face au risque de voir le site fermer.

Capture d'écran (modifiée) de la page d'accueil de KickAssTorrent

Les sites ferment les uns après les autres et ceux qui apparaissent ressemblent plus à des ersatz qu’à de réels sites de partages.

Les doutes quant à la durabilité du téléchargement illégal se renforcent au fur et à mesure que l’offre se diversifie. En effet, en 2009 tout un chacun pouvait, pour justifier le piratage. Tout le monde n’avait pas les moyens de payer 15€ un album et 10€ un DVD (que l’on avait déjà vu au cinéma). Aujourd’hui les offres de streaming ont changé la donne.

Que cela soit dans la domaine de la musique (Deezer, Spotify), des séries (Netflix) et même des logiciels (suites Adobe), le streaming semble être un business model qui s’impose de plus en plus. Et pour cause, pourquoi pirater sur des sites dont on ne connaitra jamais la fiabilité quand la culture semble plus que jamais économiquement accessible ? Le « pirate » du XXIème siècle semble plus que jamais inexcusable. C’est sans doute avec cette mentalité que les attaques se multiplient.

La fin du téléchargement illégal, une si bonne chose ?

Et pourtant, les fermetures continuent de manquer de légitimité. Premièrement d’un point de vue presque philosophique le téléchargement n’est pas si amoral que ça. C’est ce que nous rappelle la vidéo d’UnDropDansLaMare :

Secondement, il est assez osé de réduire les sites de téléchargements à leur seul contenu illégal. Par exemple, il était indéniable que what.cd contenait des œuvres piratées mais il abritait également beaucoup d’albums gratuits ou dans le domaine public. Plus que ça d’ailleurs, what.cd était devenu une véritable bibliothèque d’Alexandrie, regroupant de nombreux albums devenus introuvables. D’obscurs EPs de rap français à de la glitch music indisponible sur SoulSeek, c’est autant de titres qui disparaitront car manquant d’audience pour être disponible sur un quelconque site de streaming ou d’achat. Dans cette même logique, certains artistes décidaient volontairement de partager leurs œuvres sur ThePirateBay pour s’accorder plus de visibilité.

On pourra aussi toujours avancer l’argument économique. Alors qu’on a longtemps considéré les concerts comme moyen de promouvoir le CD les choses semblent s’être inversées. C’est aussi ce qu’explique M. Yéyé dans la vidéo d’Hardisk :

Enfin il ne faudrait pas oublier que la dématérialisation a, en quelque sorte, désacralisé le contenu. Il est devenu absurde pour un bon nombre de personnes de payer la détention d’une simple piste mp3. L’affection qui peut se porter sur un bel objet (comme un boitier collector) ne trouve en fait pas d’équivalent pour une œuvre dématérialisée.

Alors ?

Alors, certes, le téléchargement ne meurt jamais, certes il restera toujours un moyen de ne pas payer l’onéreuse suite Office. Cependant ceux-ci tendent à se raréfier.

Il semblerait surtout les sites pirates (les warezs) ont maintenant deux solutions. Soit ils deviennet « victimes de leur succès » et sont condamnées à fermer dès lors qu’ils gagnent en traffic. Soit ils restent assez petits pour passer entre les mailles du filet mais cela se fait au détriment de leur catalogue. Pour l’internaute cela se traduit souvent par l’impression que le site a simplement fermé (les miroirs de ThePirateBay ont bien moins d’utilisateurs que n’en avait l’original). Pour ce qui est des sites de téléchargement plus petits, l’utilisateur éprouve une difficulté à y accéder puisque ceux-ci cherchent justement à rester cachés.

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