Qu’il est agréable de voir un film d’action sans grandes prétentions… Surtout venant du réalisateur de High Rise. Le film avait en effet déçu en se perdant en multiples métaphores fumeuses et réflexions pseudo philosophiques. Mais ici, le britannique qui a également signé l’excellent Kill List, revient avec Free Fire dont la force réside dans son efficacité. Un scénario simple qui véhicule un message caché fort.

Concerto en PAN! majeur

Free Fire raconte une vente d’arme clandestine qui tourne mal. Point. Le synopsis tient sur un mouchoir de poche. On suivra pendant 1h30 une fusillade sans temps mort, où chaque protagoniste essaie de survivre. Bon on doit avouer qu’on a du mal à comprendre les motivations de chacun, et les relations qui les unissent. Peut-être aurait-il fallu un incipit plus long ?

Le film a une unité de lieu, et se déroulera en temps réel. En soit, nous ne sommes pas si loin de la représentation théâtrale : Free Fire n’emprunte d’ailleurs guère aux procédés filmiques (ralentis, flashbacks ou prolepses sont absents). Il s’agit d’une déclaration d’amour aux films d’action qu’affectionne Ben Wheatley :

Pour moi, le cinéma d’action, c’est le cinéma à l’état pur. En faisant Free Fire, je voulais quelque chose de dynamique, de cinétique, qui joue à fond sur tout ce que j’aime dans un film, en particulier le montage. Ben Wheatley

Pas étonnant donc que le réalisateur soit également crédité au montage de tous ses films. Si Free Fire ne brille pas par l’ingéniosité de son scénario, le film est une démonstration de réalisation et de montage. Il oscille en effet entre scènes d’action nerveuses à la Paul Greengrass (Jason Bourne, Green Zone), et moments de calme… avant la prochaine explosion. Le montage participe à l’écriture du film, et Ben Wheatley ne nous fait jamais tomber dans l’ennui, principal risque de ce genre d’exercice cinématographique.

Un Tex Avery pour adulte

On pense forcément au Reservoir Dogs de Quentin Tarantino. Le spectateur se délecte en assistant au déchirement d’un groupe de ripoux. Car oui, pour les âmes sensibles, évitez d’aller voir Free Fire : les corps s’arrachent, le sang gicle, les gorges crient de douleur… Néanmoins, le film arrive à ne jamais tomber dans une violence stylisée morbide. L’exagération des scènes d’action et la montée en puissance de la brutalité atteignent un burlesque très bien maîtrisé. Ben Wheatley arrive à capter toute la nervosité des protagonistes, tout en désamorçant la violence en utilisant l’humour. C’est vif, souvent cynique, et empli d’un humour noir très « Cohénien ».

Nous avons fait le plus de choses possibles en vrai. 99 % des effets sont physiques ; nous avions quelque chose comme 500 explosions pyrotechniques et 6000 tirs de munitions.Ben Wheatley

Sweet seventies…

La photographie du film est signée Laurie Rose, qui était déjà directeur photo sur High Rise (le précédent film du réalisateur). Le film est teinté de couleurs pétantes bleues, roses, jaunes, rouges et de lumières baignant les protagonistes dans une douceur dorée. La reconstitution des années 70 est très réussie, on y croit à fond. Ben Wheatley a sûrement voulu rendre hommage aux grands films d’action de ces années. D’ailleurs pas étonnant que le nom de Martin Scorcese apparaisse sur l’affiche, en tant que producteur exécutif.

On sent un réel plaisir chez les acteurs à courir, sauter, ramper, se rouler dans la terre, se prendre des jets de sang sur le visage, comme une cour de récré dont le professeur serait Ben Wheatley. On retrouve d’ailleurs un casting luxueux avec Brie Larson (Room), Armie Hammer (Lone Ranger), Sharlto Copley (Chappie) et Cillian Murphy (Inception, Batman Begins), tous à l’aise dans leur rôle de connard cupide qui ne souhaite que survivre.

 

Ça tire ! sociale

Ce qui fait passer Free Fire de « bon film » à « très bon film » c’est le sous texte caché dans le long métrage. Les scénaristes Ben Wheatley et Amy Jump ont réussi à peindre le portrait d’une Amérique violente, où l’on dégaine son arme comme dans un western… Il s’agit d’un film tristement dans l’air du temps, qui nous montre que depuis les années 70, les mentalités n’ont pas véritablement évolué. Le film joue sur cette ambiguïté et a un caractère intemporel. On a du mal au début à situer le long métrage, un peu comme dans l’excellent The Nice Guys de Shane Black (2016).

On peut penser au départ que quelques personnages apporteront une certaine caution morale. Pas du tout ! Chaque tireur incarne ce qui fait l’Amérique (le black, le latino, l’anglais, …). Seule la violence les unit, comme si le vice ne se fondait pas dans les origines sociales de chacun, mais dans la nature primitive de l’être humain. Une vision donc assez pessimiste de la condition humaine…

Toute la force du film de Ben Wheatley transparait à la fin, quand au milieu de la maestria pétaradante de coups de feu, une musique retentit. Une musique de John Denver, ou plutôt une déclaration d’amour, qui nous paraît absurde dans ce contexte violent. Ben Wheatley appelle à poser les armes, ce qui fait de Free Fire un film profondément pacifiste.

Free Fire : le dernier Ben Weathley est explosif et jubilatoire
Efficace et magistralement rythmé, Free Fire est un excellent film d'action, au sous-texte malin.
Réalisation
Scénario
Photographie
Musique
Direction artistique
Acteurs
Les points positifs
  • La réalisation et le montage énergiques
  • La photographie nous immergeant bien dans les 70s
  • Les acteurs qui s'éclatent (?!) autant que le spectateur
Les points négatifs
  • Les motivations des personnages trop floues
  • La fin qui manque d'audace
4.1Note finale

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