Vous n’avez pas idée d’à quel point j’aurais aimé vous encourager à aller voir ce film. Étant particulièrement attaché à la culture web, les projets comme Le Manoir me font traverser des montagnes russes émotionnelles. D’abord une hype très grande à l’annonce du projet. Ici une comédie d’horreur co-écrite par Kemar, avec plein de « gens d’internet ». Vient ensuite les premières bandes-annonces où je commence à douter du projet :

Mais bon je vois Natoo, Vincent Tirel, Mister V, Ludovik en image cinéma entre deux bandes noires et je commence à prier pour que le projet ne fasse pas un Pas Très Normales Activités. Premier film mettant en scène un vidéaste star (Norman), le long métrage de Maurice Barthélémy fut une catastrophe artistique, critique et commerciale. Le Manoir sera-t-il le premier Grand Film du Youtube français ? Pas sûr…

Un Conjuring à la française

Le Manoir met en scène une bande d’étudiants qui viennent fêter la nouvelle année dans un vieux manoir isolé de tout. Évidemment tout ne va pas se passer comme prévu. Peu après leur arrivée, des événements étranges perturbent l’ambiance, avant que la fête ne tourne carrément au cauchemar… Un synopsis qu’on peut juger vu et revu, mais acceptons qu’on puisse faire du très bon sans être original.

Déjà, il faut se l’accorder, le film est une réussite visuelle. La réalisation de Tony Datis a de l’ambition pour un premier long-métrage. Ayant déjà signé des clips (Katy Perry, Skrillex) on sent l’énergie de celui qu’on appelle Tony Truand dans les choix de cadres et les mouvements de caméra. La caméra épouse les espaces et se baladent dans des décors menaçants et mystérieux. Les décors intérieurs fourmillent de détails, tandis que les extérieurs sont baignés dans une nappe brumeuse à la Evil Dead.

L’hommage aux chefs d’oeuvre de l’horreur est bien vu : on pense à La Maison du DiableL’Orphelinat ou plus récemment Conjuring. Les décadrages appuyés par une lumière bleutée et très contrastée rendent l’esthétique horreur très réussie. On s’immerge bien dans le film, et – ô surprise – on se surprend à être angoissé par moments.

Un sentiment de déjà-vu

Tout partait si bien. On sent une véritable alchimie entre les acteurs, amis dans la vraie vie. Cette même alchimie qu’on retrouve dans les sketchs internet, avec cette fois-ci plus de budget et sur un écran 10 fois plus grand. On se met doucement dans le film et on a envie de passer un (très) bon moment. Puis les problèmes arrivent.

Ludovik joue le loser toujours puceau, mal dans sa peau et (subtilité où es-tu ?) rouquin. Kemar joue le mec cool. Mister V joue Mister V. Vanessa Guide joue la fille débile mais belle parce qu’elle a des gros seins oulala. Natoo joue Natoo. Delphine Baril joue la fille bourrine. Jérôme Niel joue Jérôme Niel. Vincent Tirel joue le hippie drogué.

Mais là où un film comme La Cabane dans les Bois arrivait à jouer de ses clichés en les incluant dans son histoire, Le Manoir s’enfonce en les renforçant. On attend pendant tout le film l’étincelle, l’élément comique qui va renverser ce ramassis de déjà-vus.

On se croirait dans un épisode de Salut les Geeks.

Et le pire c’est que les acteurs ne sont pas tous bons. De toute façon ils ne sortent que très rarement de leur registre, et s’enlisent parfois dans une caricature du rôle pour lequel ils sont connus sur Internet. On aurait préféré un minimum de prises de risque.

Je voudrais quand même souligner les talents d’acteur de Vincent Tirel, qui m’a fait mourir de rire à chaque fois qu’il ouvrait la bouche.

Studio Dégueule

Passé le milieu du film, Le Manoir sombre dans ce que la comédie française peut nous offrir de pire. Blagues graveleuses, vulgarité, situations vues et revues, caméos loupés… La comédie n’arrive pas à décoller et le tout devient lourdingue. Difficile à admettre lorsqu’on connaît les talents comiques de Kemar, qui a écrit le film avec les scénaristes de Fatal et Vive la France.

La seule scène qui m’a fait exploser de rire est la seule à tenter l’absurde (sans spoiler, il est question d’un sanglier). Le reste est maladroit, et certaines scènes sont complètement gratuites et ne font pas avancer l’histoire. Impossible d’installer des enjeux vu que les personnages sont constamment coincés entre deux intentions d’écriture. Ils sont complètement idiots et irresponsables par moment, et re deviennent lucides et conscients du danger qui les menace, un peu plus loin dans le film.

Ce long métrage semble manquer d’une note d’intention. Un sens, une direction artistique, qui lui aurait évité de se perdre en chemin. Le Manoir se transforme vite en film à sketchs, avec une révélation finale très décevante.

On vous a déjà dit que Vincent Tirel était génial ?

En sortant du Manoir on a la sensation d’être passé à côté d’une comédie qui aurait pu devenir culte, une Cité de la Peur de nos années 2010. Ce semi échec est dû à un manque de cohérence dans le projet, et à des gros soucis d’écriture. Peut-être aurait-il fallu un Grand Manitou comme Astier ou Chabat pour donner une direction au scénario, et par conséquent rendre le film homogène.

J’invite néanmoins les spectateurs à aller encourager une production comme Le Manoir, qui marque l’arrivée d’une nouvelle génération dans les salles. Et la suite ne peut qu’être que réjouissante, après le très rafraîchissant La Folle Histoire de Max et Léon, il est important de soutenir ces initiatives.

J’ai la conviction que de bons longs métrages venants d’Internet verront le jour. Et en attendant ce moment, allez (re)voir le film des Suricates disponible gratuitement sur le net.

Le Manoir : Internet, fais moi peur (critique)
Le Manoir se révèle être une comédie horrifique poussive, où l'esthétique réussie ne parvient pas à surpasser l'histoire inintéressante.
Réalisation
Scénario
Photographie
Musique
Direction artistique
Acteurs
Les points positifs
  • Les ambiances travaillées
  • L'hommage aux Grands Films d'horreur
  • Vincent Tirel toujours aussi hilarant
Les points négatifs
  • Les dialogues teintés d'une vulgarité pas toujours nécessaire
  • Les personnages clichés à souhait
  • La fin très décevante
2.2Note finale

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