Le manga Dragon Ball va fêter son trente-troisième anniversaire cette année et l’oeuvre d’Akira Toriyama est toujours aussi populaire. De nombreux produits dérivés de la franchise sortent régulièrement et l’anime Dragon Ball Super (qui fait presque suite au manga original) est en cours de diffusion depuis deux ans. C’est dans ce contexte que sort en France la version papier de Dragon Ball Super.

Une formule de publication différente

La version papier de Dragon Ball Super est une adaptation de la série d’animation homonyme. Cela peut paraître assez surprenant quand on sait que c’est habituellement l’inverse. Au Japon, le manga a donc commencé sa prépublication en 2015 (avant l’anime !) dans le mensuel V Jump. Ce choix a pu étonner certains “puristes” puisque le manga Dragon Ball était originalement publié dans le légendaire Weekly Shonen Jump, le magazine hebdomadaire destiné aux 9-14 ans où sont nés de nombreux mangas cultes comme One Piece, Naruto ou Hokuto no Ken.

Combat entre Vegeta et Goku tiré du manga Dragon Ball Super

Mais alors pourquoi ce choix ? Le V Jump est assez différent vu que c’est un magazine centré sur les adaptations et produits dérivés. On y trouve des mangas promotionnels, souvent créés dans l’unique but de faire la pub d’un produit lié à une série phare du Jump.

Toyotaro, le successeur du maître

Toyotaro, le dessinateur de Dragon Ball Super est un habitué du V Jump puisqu’il avait débuté sa carrière professionnelle en adaptant en manga promotionnel le jeu d’arcade Dragon Ball Heroes. Cela peut paraître en revanche étonnant de voir qu’Akira Toriyama soit seulement scénariste sur la suite de son oeuvre culte et que celle-ci soit confiée à un dessinateur comme Toyotaro. Pourtant, ce choix n’est pas si anodin que ça. En effet, Toyotaro (anciennement connu sous le pseudo “Toyble”) s’est fait connaître au début des années 2000 en publiant un fanmanga nommé Dragon Ball AF. Ce manga non-officiel s’inspirait d’un mythe d’internet qui laissait croire que la très impopulaire série Dragon Ball GT aurait une suite. Toyotaro y reproduit très fidèlement le style d’Akira Toriyama, que ce soit dans la narration, le découpage des cases et surtout dans le style de dessin. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que Toyotaro a été choisi pour devenir le successeur du maître.

Autoportraits respectifs de Toriyama (le scénariste de Dragon Ball Super) et de Toyotaro (le dessinateur)

Autoportraits respectifs de Toriyama (le scénariste, à gauche) et de Toyotaro (le dessinateur)

Il y a d’ailleurs certains passages où Toyotaro est trop dépendant du manga original. Les clins d’œils aux moments cultes de la saga sont parfois trop appuyés, allant même jusqu’à reproduire à l’identique certaines cases du manga original. La Shueisha (l’éditeur du manga Dragon Ball) va souvent chercher des artistes indépendants pour faire de nouvelles oeuvres liées à Dragon Ball. On l’a par exemple vu récemment avec DragonGarowLee et son spin-off humoristique centré sur le personnage de Yamcha, l’éternel loser de la saga.

L’histoire sans fin

On pourrait se dire “Enfin la suite des aventures de Goku !”. Et bien pas vraiment. En effet, les événements racontés dans le manga se déroulent avant la fin de la première série de mangas Dragon Ball. Or ce manga n’est qu’une adaptation de la série d’animation éponyme. De plus, l’anime était déjà une adaptation de deux films d’animations de la franchise : Battle of Gods (2013) et La Résurrection de ‘F’ (2015). On a donc un manga adapté d’une série adaptée de deux films en somme. Certains fans peuvent donc être agacés de devoir revivre la même histoire une troisième fois.

En plus de cela, le manga souffre d’un gros problème de rythme. En effet, la version papier (qui est censée promouvoir la série d’animation) prend énormément de retard sur la version animée à cause de la publication mensuelle. Par conséquent, les premiers chapitres sont des résumés des événements du premier arc narratif de l’anime.

Quant au second arc, adapté du film La Résurrection de ‘F’, il est passé sous silence pour permettre à l’oeuvre d’avancer plus vite. Cela peut être un véritable problème pour les néophytes n’ayant pas vu l’anime puisque l’arc supprimé contient de nombreux éléments importants. On y retrouve en effet la première transformation de Goku en “Super Saiyan Blue” ou le retour de Freezer, ennemi culte de la saga.

Une autre vision du mythe

Malgré ses débuts difficiles, le manga semble s’améliorer au fil des chapitres. Alors que l’histoire du manga DBS et l’anime étaient quasi identiques au départ, Toyotaro choisit de prendre de grandes libertés par rapport au matériau d’origine tout en conservant les grandes lignes de l’intrigue. En faisant ce choix, Toyotaro essaie de faire oublier la dimension “promotionnelle” du manga pour proposer une version plus personnelle des aventures de Son Goku. Son style est de plus en plus différent de celui de Toriyama. Il joue avec certaines règles de l’univers de Dragon Ball (notamment l’utilisation du Super Saiyan Divin) sans jamais dénaturer l’esprit de l’oeuvre originale. C’est à partir de ce deuxième tome que le manga devient complémentaire à l’anime, comme deux interprétations d’un seul et même mythe.

Dragon Ball Super n’est clairement pas la suite fantasmée par les fans de Dragon Ball, mais elle a le mérite de nous proposer une autre manière de “consommer” l’univers d’Akira Toriyama. On y suit en même temps l’évolution de Son Goku, mais aussi celle de Toyotaro, un mangaka qui ne cesse de s’améliorer. Dans tous les cas, c’est déjà mieux que Dragon Ball GT.

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