L’avez-vous remarqué mais cette dernière saison de Game of Thrones a un goût particulier. Elle transporte avec elle une saveur d’attendu jusqu’alors absente. Ce déjà-vu pourrait s’expliquer par le fait que la construction de l’histoire de la série se rapproche de plus en plus de ce que fait Hollywood et l’industrie du cinéma d’action en général.

L’article contient des divulgachis de la saison 7 (comment faire autrement ?).

La suprématie de l’action sur la volonté des personnages

Ce qui a changé dans cette saison c’est l’importance laissée au but des actions des personnages. Cela peut paraitre anodin mais tous les actes des personnages agissent pour arriver à une certaine situation.

Pourquoi lors de la capture du marcheur blanc, tous ses camarades meurent sauf lui ? Pour qu’il puisse se faire capturer.
Pourquoi le Suicide Squad se retrouve en difficulté ? Pour que Daenerys vienne et laisse un dragon au roi de la nuit.
Pourquoi Jon Snow ne meurt pas ? Pour qu’on apprenne qu’il soit roi.

C’est un peu comme si les scénaristes étaient devenus le Dieu de la Lumière.

Et c’est dommage car c’était là toute l’originalité de Game of Thrones. L’idée de laisser autant trainer un mystère (qui est la mère de Jon Snow ?) pour finalement rien (s’il n’avait pas été ressuscité) aurait été simplement géniale.

De plus, même quand on pourrait croire que les personnages agissent selon leur propre volonté (et non celle des scénaristes) cela s’avère plat. Brienne de Torth s’en va, on aurait pu croire qu’Arya et Sansa allaient s’entretuer et en fait elles s’aident pour détruire Little Finger. Face à ce retournement de situation, on a juste une question : quel était le but du départ de Brienne (qui n’a servi à rien) ? La seule réponse : pour créer du suspens. Le résultat : une scène qui n’était pas prévisible mais maladroitement amenée. On est plus étonné du fait que Little Finger meurt aussi tôt, facilement et bêtement que de sa mort en elle-même.

Les fils des scénaristes deviennent visibles et leurs intentions arrivent à gros pas. Ça ne fait pas une série ratée mais ça ne fait pas une saison de Game of Thrones comme on les a aimées non plus.

Jaimie Lannister dans l'eau, Capture d'écran de Game of Thrones S07E04 ©HBO

Fig. 1 : Jaime Lannister dans l’eau ça aurait pu faire une mort inattendue comme Game of Thrones nous y avait habituée.

Il faut dire que les saisons précédentes regorgeaient de rebondissements moins prévisibles. Qui avaient vu venir les noces pourpres ?

L’absence de réalisme

Ce qui met le plus mal à l’aise dans cette saison reste ce dragon bleu. D’autant plus que son importance est primordiale. Comment accepter de se dire que l’ultime saison de Game of Thrones se bâtira sur un mensonge ?

Cela ne vous a pas échappé mais :

  1. Les marcheurs blancs ne savent pas nager (c’est même précisé dans les dialogues) ;
  2. Le métal est une création humaine (il nécessite de la chaleur pour être formé) ;
  3. Les membres de la garde craignent les marcheurs blancs et se déplacent le plus légèrement possible.

Alors comment se fait-il que ce dragon puisse être enchainé ???

La remontée du dragon blanc ©HBO

Si certaines explications trouvées sur Twitter peuvent faire sourire, elles révèlent surtout une réelle absence de réalisme qui en a dérangé plus d’un.

https://twitter.com/LordSnow/status/899588782827200512

C’est propre à toute séries hollywoodienne ce genre de petit détail, ce genre d’incohérence que le spectateur remarquera ou pas. Mais Game of Thrones nous avait habitué à mieux.

Le retour d’une échelle gentil/méchant

Un problème plus préoccupant dans cette nouvelle saison est que les personnages se lissent. En réalité ils sont tous de plus en plus situables sur un axe gentils/méchant et la polarité de ces extrêmes et de plus en plus forte.

Qui sont les personnages les plus méchants dans Game of Thrones ? A gauche Jon Snow, le gentil, à droite Cersei, la méchante et encore plus à droite, The Night King, le très méchant ©Underlined

On pourrait même s’amuser à faire une frise de méchanceté…

Les marcheurs blancs sont très méchants. Cersei aussi mais moins parce qu’elle fait ça pour sa famille. Jon lui est trop gentil (lawful good même).

Et c’est dommage car Game of Thrones faisait partie de ces séries qui mettait à mal cette échelle. Les intentions des personnages étaient complexes et on avait du mal à voir s’ils avaient bon fond ou pas. Quelques exemples :

Varys était-il du bon côté lorsqu’il agissait « pour la couronne » ? Ah en fait on apprend que c’était juste une manière pour lui de masquer sa lâcheté. On a donc un personnage un peu méchant en quête de rédemption.

Arya dit agir pour sa famille et pourtant sa sœur en fait partie. Et puis elle se venge d’une tuerie par une autre tuerie. Ah en fait elle veut pas tuer sa sœur en vrai, ça va elle est gentille en fait.

Daenerys commence à abuser de son pouvoir… jusqu’à ce que Tyrion et Jon Snow la calme. Elle aurait pu devenir ambigüe mais elle finit gentille (mais moins que Tyrion).

C’est peut-être un peu caricatural mais tous les personnages ont rejoint un camp (gentil ou méchant). Seul Jaime garde un clair-obscur intérieur. Ah non pardon, il a décidé qu’en fait être méchant avec les gentils ce n’était plus supportable et s’apprête à devenir gentil. On a failli avoir peur

De la même façon tous les personnages sont peu à peu glorifiés à la manière de Suicide Squad et la série (un comble) finit par manquer de personnage secondaire oubliables.

Conclusion

Cette saison de Game of Thrones n’était pas une mauvaise et cette critique ne reste pas moins celle d’un spectateur qui s’est rué sur chaque épisode. Néanmoins, il ne faudrait pas que la série se repose sur cet acquis et nous déçoive.

On espère que cette prévisibilité n’était qu’en fait que le début d’un plot twist. On espère que la série ne sera pas absurde au point que Bran soit le Roi de la Nuit. On espère aussi que cette série ne fera pas cette espèce de fan service qui fait que les articles présentant les « détails de GoT que vous n’aviez pas remarqués » pullulent.

Alea jacta est. Valar morghulis.

20 Réponses

  1. Fyodor Karamazov

    Les mecs révoltés que la série ne puisse pas rester ambiguë éternellement
    Evidemment que les masques et les têtes doivent tomber, ça s’appelle le DENOUEMENT.

    « le premier acte correspond à l’exposition de la situation des personnages
    le deuxième voit apparaître l’élément perturbateur
    dans le troisième acte, les protagonistes cherchent une solution au drame, tout paraît encore possible
    dans le quatrième acte, l’action se noue définitivement, les personnages n’ont plus aucune chance d’échapper à leur destin
    au cinquième acte, l’action se dénoue enfin, entraînant la mort d’un ou de plusieurs personnages. »

    Hollywoodisation ?
    Non, ca s’appelle juste une tragédie classique.

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    • Gas Pard

      Ouais sauf que si je veux voir une tragédie classique, je lis Phèdre. Et Game of Thrones est justement tout sauf une tragédie classique : 0 règle de bienséance, aucune unité.
      Et puis un dénouement il peut en avoir plusieurs hein, les scénaristes ils remplissent pas un texte à trou

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    • Fyodor Karamazov

      Hein ? Evidemment que si il n’y a qu’un seul dénouement. Tu veux une fin alternative en saison 9 ?
      Va falloir se réveiller, dans les fictions il y a un temps pour l’exposition et un temps pour l’action, parce qu’il y’a un début et parce qu’il y’a une fin, et là Game of Thrones c’est la fin, THE END, ok ?
      Les intrigues, les complots, les nouveaux persos, c’est pas un truc que tu sors dans le dernier chapitre d’un bouquin. Bah là c’est pareil.

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    • Fyodor Karamazov

      Peu importe comment elle doit se présenter, il faut boucler les arcs narratifs, et ils se bouclent par des actions, biens souvent inévitables donc attendues, et pas par la discussion ou la contemplation.

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    • Gab Ten

      Les fins qui n’en sont pas vraiment et qui restent ouvertes, c’est bien pour des séries psychologiques comme The Leftovers, pas pour GoT.

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    • Matthieu Glorieux

      La volonté de clarification et de convergence des arcs narratifs pour un dénouement prochain n’excuse pas un nombre d’incohérences invraisemblable (spéciale dédicace à toi, S07E06)

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    • Gab Ten

      Ouais, mais là il ne s’agit pas de l’histoire en elle-même. C’est vrai qu’ils ont appris à se déplacer vraiment vite… Maintenant, je comprends aussi qu’ils n’avaient pas envie de faire 2 épisodes de survival juste pour rendre les temps de voyage plus cohérents.

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    • Matthieu Glorieux

      Gab Ten Des sauvageons qui « pop » à répétition juste le temps de se faire dézinguer, de Thoros qui meurt apparemment de froid alors qu’ils ont des putains d’épées enflammées, les mêmes qu’ils n’utilisent pas pour faire en sorte que la glace ne durcissent pas quand ils sont acculés. Du fait que tuer un walker fait mourir les zombies autour sauf un, bien pratique… Le coup des chaînes pour récup le dragon est bien trouvé aussi, j’avais pas vu la 1ère fois. Jon qui continue à se battre alors qu’il n’a aucune raison de le faire une fois que les dragons sont là… Bref, mis bout à bout ça fait bcq, et encore je n’ai pas tout cité.

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    • Fyodor Karamazov

      On voit dès le départ qu’ils sont 10 à passer le mur, 5 survivants, 5 morts, y’a personne qui pop.
      Pratique qu’il y ai un white walker qui survive oui, mais surtout déterminant que tous les autres meurent, ça signifie simplement que quand tu tues un white walker tu tues du même coup tout ceux qu’il a zombifié. Celui qui survit était juste affilié à un autre maître que les autres, normalement ça semble évident.
      Et si tu crois vraiment qu’une flamme peut t’empêcher de mourir de froid ou fondre la glace peu importe la température, va falloir revoir tes notions de thermodynamique.
      C’est assez typique de commencer à chercher des incohérences jusqu’à en voir où il n y en a même pas, c’est ce que font tous les gens de nos jours pour juger un film ou une série qu’ils ont décidé par avance de détester. Ca donne des débats infinis qui ne mènent à rien, parce que ce n’est pas comme ça qu’on regarde une fiction, à partir du moment où on cherche des embrouilles et où on renonce à la suspension volontaire d’incrédulité, évidement qu’on ne peut que passer un sale moment.

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    • Gab Ten

      Ouais je suis pas d’accord non plus, à part pour la glace. Clegane la pète facilement, donc entre ça et leurs épées enflammées, c’est vrai qu’ils auraient pu continuer à casser la glace autour d’eux. Mais est-ce que ça aurait été intéressant à voir ? Certainement pas.

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    • Matthieu Glorieux

      Fyodor, tu te trompes lourdement : c’est bien parce que j’adore cette série que je suis exigeant. Tu apportes des explications intéressantes, OK, en tout cas sur certains points. Pas sur tous. Bref, tu le dis toi même, ce serait sans fin. Le dernier épisode à le mérite de sauver les meubles. J’attendrai, sans doute comme toi, beaucoup de la dernière saison.

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