Focus #2 : Samuel Benchetrit, la belle absurdité

Samuel Benchetrit, auteur, réalisateur voire acteur, a fait grande impression cette année au Festival International du Film Indépendant de Bordeaux. Comme pour Michel Ocelot, c’est en effet tout un focus qui lui a été consacré. L’occasion parfaite pour (re)découvrir quelques uns de ses films. Asphalte (2015) et J’ai toujours rêvé d’être un gangster (2008) étaient projetés dans le cadre du focus. Mais aussi Chien en avant-première (la sortie est prévue courant 2018).

 

Une signature reconnaissable

On reconnait bien dans ce dernier film la patte du réalisateur. Il oscille entre la poésie et une fable absurde dotée d’une comédie qui parait presque involontaire. On peut décrire ce film comme la longue et extrême métaphore – si toutefois c’en est une – d’un homme rendu au rang de chien. Le film se concentre sur un petit nombre d’acteurs traînant leur carcasse toujours dans les mêmes lieux. Le non-dit court tout le long du film de même que la non-réaction.

Vincent Macaigne et Bouli Lanners dans « Chien »,

Ce qui est décrit ci-dessus se retrouve fréquemment dans les films de Samuel Benchetrit. Tout d’abord, l’absurde. Les trois films projetés n’ont jamais manqué de faire esquisser un sourire au spectateur. Loin de tomber dans le cliché de la comédie franchouillarde, le réalisateur se sert de cet absurde pour apporter une touche comique dans ses films. Concrètement cela donne des situations qui pourraient être apparentées à la vie quotidienne mais qui sont ici éjectées de leur cocon de tranquillité. On préférera d’ailleurs vous les laisser découvrir, leur portée humoristique étant décuplée par l’effet du surprise. Dans J’ai toujours rêvé d’être un gangster, le réalisateur traite avec ironie et humour le genre du film policier. L’exemple par l’image ci-dessous.

Le tout est souvent relevé par des touches poétiques : des plans longs sur des espaces vides, des personnages calmes dont le regard en dit plus que des mots ; des musiques et sons recherchés pour créer des ambiances bien particulières à l’aspect souvent irréel. Dans Asphalte par exemple, un astronaute américain a atterri sur le toit d’un immeuble de banlieue. Aussi, un grincement sinistre dont on ne connait pas l’origine retentit régulièrement lorsque la caméra est tournée vers un de ces grands immeubles de banlieue. Tout est réuni pour faire douter le spectateur quant à la vraisemblance du film, ou au contraire pour lui rappeler qu’il est bien au cinéma.

 

 

La question du son

On peut en effet remarquer que Samuel Benchetrit attache une attention particulière aux sons. Nous avons remarqué qu’ils provenaient parfois d’une source inconnue ou, du moins, invisible. L’identité du grincement inconnu d’Asphalte n’est révélée qu’à la toute fin du film. De même dans Chien, des bruits incessants donnent une impression de chaos. Le son de machineries est omniprésent et pourtant le spectateur ne peut jamais clairement les associer à l’image.

Photo de tournage de Chien {© Samuel Benchetrit (Twitter)}

Samuel Benchetrit a répondu, en quelques sortes, à nos interrogations : « Les bruits ont toujours une provenance. Dans Chien les bruits dans la zone industrielle viennent d’une usine« .  La dite usine, le spectateur ne l’aperçoit que peu. La plupart du temps lorsque le son est perceptible, c’est lorsque le personnage de Vincent Macaigne est face à un champ ou son lieu de travail. Le travail du son dans les films de Samuel Benchetrit a une place centrale. Le réalisateur affirme d’ailleurs qu’il a découvert que

le son permet de faire passer beaucoup de messages ou d’émotions, peut-être même parfois plus que les images ».Samuel Benchetrit, réalisateur de Chien

 

Samuel Benchetrit signe des films à taille humaine et aux acteurs encore plus humains et crus. Rien n’est laissé au hasard : son, image et jeu d’acteur sont travaillés minutieusement. Au fur et à mesure de la sortie de ces différents films, on voit apparaître la signature particulière du réalisateur qui passe par ces trois facteurs sans jamais en oublier aucun.

 

Chien sortira en mars 2018. En attendant, d’autres films présentés au festival sont déjà en salle, alors rendez-vous pour le troisième volet de la série Underlined au Fifib !

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