Une musique de David Bowie, une citation d’Oscar Wilde comme fil rouge, deux enfants sourds au milieu d’un New York qui ne se tait jamais… Ces quelques mots-clés, s’ils ne suffisent pas à résumer l’essence du dernier long-métrage de Todd Haynes, Le Musée des merveilles, donnent une idée de ce qui attend le spectateur.

Un film qui bat au rythme de la respiration…

Le Musée des Merveilles (Wonderstruck en version originale) n’est certes pas le film de l’année mais mérite la même attention qu’on dédierait à une friandise. On y retrouve un parfum d’enfance, un goût de nostalgie et surtout, un profond sentiment de déjà-vu. Oui, qui n’a jamais eu l’impression d’être isolé du monde ? d’avoir perdu ses repères ? Qui n’a jamais eu envie de savoir qui il était vraiment ?

Deux enfants, deux époques, une seule fin

C’est ce qui fait la toile de fond du long-métrage. En deux petites heures, au rythme du Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss ou du Space Oddity de David Bowie, on suit les parcours parallèles de deux enfants. En 1927, Rose, sourde de naissance s’enfuit pour New-York dans l’espoir de rencontrer son actrice préférée. Ben, quant à lui, est devenu sourd au début du film : il part dans la même ville, mais 50 ans plus tard. Il y suit des indices pour revoir un père qu’il n’a jamais connu. Le spectateur opère ainsi un va-et-vient constant entre les deux univers, et l’on se prête vite au jeu des indices. On trouve des liens, des différences, on anticipe la fin. Celle-là même qui réunit les deux enfants d’une manière – non pas originale – mais tout du moins émouvante…

La difficulté de mettre à l’écran ce qui était au départ un roman illustré (Wonderstruck, de Brian Selznick, l’auteur d’Hugo Cabret, porté au cinéma par Scorsese) a été surmontée par Todd Haynes d’une façon pour le moins troublante. Quand l’histoire de Ben se fait avec des mots et des couleurs, l’histoire de Rose est racontée en muet noir et blanc. Ce choix n’est pas dû au hasard : derrière, il y a la volonté d’une identification du spectateur à ce que traversent les deux enfants. Mais le handicap ne devient jamais larmoyant. Pas une seule fois on a envie de s’apitoyer sur le sort de Ben ou Rose, parce que le fond du film est bien plus une question de communication entre « tous », qu’entre les sourds et le reste du monde

 

Raconter le silence

Le Musée des Merveilles est d’abord un film sur le langage, sur des enfants qui veulent communiquer avec le monde extérieur, dont nous, spectateurs, faisons intimement partie. Les longs moments de silence, la (trop grande ?) lenteur de certaines scènes, les mouvements calmes de la caméra souvent placée à la hauteur des enfants : tout est mis en place pour nous faire partager leur monde. La promiscuité ainsi créée dépasse les dialogues. Ceux-ci ne sont finalement pas si nombreux pour un film initialement réalisé pour les enfants. Par de fréquents fondus-enchaînés, le scénario se déroule comme une histoire racontée par ses parents sur le coin du lit avant d’aller dormir.

Cette histoire parle surtout du pouvoir des signes. Les couleurs flash du New York en déclin des 70s, le flou impressionniste du cauchemar des loups de Gunflint Lake, les contre-plongées sur les premiers buildings des 1920s qui donnent l’impression de s’oublier au sein de cette ville de tous les rêves sont tout autant de moyens de faire passer un message. Souvent, ce que l’on voit est plus expressif que ce que l’on dit.

Mais c’est la musique qui joue le mieux son rôle de « traductrice de sentiments ». Très expressive dans la partie en noir et blanc, plus discrète dans la partie couleurs, elle se met à unir les deux personnages de façon inattendue (la même musique couvre les fuites de Rose et Ben à New York). Elle crée une cohérence d’ensemble qui annonce le final, une accélération qui permet de briser le dernier silence, la dernière opacité qui nous empêchait de saisir les liens entre les deux enfants en quête d’identité.

 

Se trouver soi-même

Le « cabinet des merveilles » est un endroit où se rejoignent tout un tas de souvenirs. Cette sorte d’armoire en bois, imposante et remplie de trésors d’un autre temps, constitue le centre du film. C’est en fait une réflexion sur la mémoire que Todd Haynes nous présente dans son « acid trip for kids » comme il aime à l’appeler. Revenir aux racines d’une personne, d’une société, par la mémoire qui crée l’identité, savoir d’où l’on vient, ce sont les mêmes questions que se posent Ben et Rose (celle-ci griffonne un « Where do I belong? » dans son carnet qui lui sert d’interlocuteur). C’est d’ailleurs peut-être le tout premier lien qui les unit, mais aussi le plus complexe, le plus difficile à démêler.

Le cabinet des merveilles, détails de l'affiche du Musée des Merveilles

« We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars » écrivait Oscar Wilde. C’est cette phrase qui perturbe Ben pendant sa quête de lui-même. Comment voir les étoiles qui sont là-haut, si loin dans le ciel ? En se laissant bercer par ses perceptions, par sa façon de voir le monde (même sourd, même enfant, surtout en étant enfant !). Assumer qui l’on est, laisser le monde venir à nous, c’est arriver à toucher du doigt la lumière des étoiles pour éclairer notre intériorité.

Si Le Musée des Merveilles est un film qui plaira aux enfants, c’est aussi, pour les plus âgés, une occasion d’entamer leur voyage vers eux-mêmes !

Critique : Le Musée des Merveilles, friandise apaisante d'hiver
Todd Haynes a réussi à faire un film d'enfants aux problématiques d'adultes, sans négliger la poésie de la mise en scène.
Réalisation75%
Scénario85%
Musique (et silence)90%
Photographie80%
Les points positifs
  • Juste dosage entre musiques et silences
  • Jeu des enfants très bon
  • Originalité de la mise en scène
Les points négatifs
  • Un peu long à se mettre en place
  • Double-rôle de Julianne Moore peu crédible
83%Note Finale

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