Le 20 août dernier, l’équipe d’Underlined quittait à contre-cœur Saint-Malo pour retourner dans leur ville natale de Bordeaux. Pourquoi un tel déplacement ? Pour la Route du Rock bien évidemment ! Retour sur un festival de rock qui porte bien son nom.

Depuis 1991, la Route du Rock fait bouger des milliers de festivaliers en cirés jaunes au gré des riffs de guitares et de hurlements endiablés. Cette année n’a pas fait exception grâce à une programmation plus qu’alléchante. Le festival se déroule en grande partie au Fort Saint-Père, dans la commune de Saint-Père-Marc-en-Poulet (ça ne s’invente pas) non loin de Saint-Malo. Il se décline aussi à la plage, pour écouter des concerts les pieds dans l’eau (fraîche). Ce fort construit au XVIIIème siècle pour contrer les attaques de la perfide Albion n’a pas pu cette fois empêcher les festivaliers d’outre-manche, de France et de Navarre de déferler en masse. Avec un peu moins de 30 000 festivaliers, le fort était bien rempli.

It’s Friday

La programmation du vendredi ne laissait pas à désirer, loin de là. Si ce n’était pas pour les embouteillages, nous serions arrivées à l’ouverture pour être aux premières loges. Après avoir entendu de loin le Villejuif Underground, la foule s’est massée avec impatience devant The Limiñanas. Les adeptes de Twitter et fans d’Anton Newcombe attendaient impatiemment l’apparition du leader des Brian Jonestwon Massacre sur scène avec un de ses groupes français préféré. L’air nonchalant et son texte sous les yeux, il a accompagné les Limiñanas le temps d’une chanson. Cette invitation n’a pas dû étonner grand monde au vu des nombreuses collaborations entre le groupe et le chanteur. Le dernier album des Limiñanas, Shadow People, a d’ailleurs été produit à Berlin par Anton Newcombe.

Nous ne nous sommes pas arrêtées là. La soif de musique étant trop forte, nous avons rejoint le concert suivant. A noter que le festival est particulièrement bien fait : jamais deux concerts à la fois, toujours une courte pause entre deux !

Sur la même scène, Grizzly Bear a joué son rock doux aux mélodies pop et à la voix fragile d’Ed Droste. Pas exactement de quoi faire un pogo, mais les amateurs ont pu s’en donner à cœur joie grâce au groupe suivant : Shame. Ce tout jeune groupe de post-punk londonien a su faire bouger la foule. Le charme de l’accent british et la voix cassée de Charlie Steen nous ont absolument séduit. Leur premier album, Songs of Praise sorti au début de l’année n’avait d’ailleurs pas laissé indifférents les nombreux médias musicaux qui s’y étaient penchés. Un groupe à ne pas perdre de vue !

Malheureusement, nous n’étions pas au milieu de la mêlée suante puisque nous campions impatiemment devant la scène qui n’allait pas tarder à accueillir Etienne Daho. A son arrivée, tout de noir vêtu, les sirènes des Filles du Canyon. Le concert, mêlé de tubes pop et de morceaux de son dernier album Blitz, tout le monde y a trouvé son compte. L’album sorti en 2017 révèle un côté plus dur et rock, mais aussi vulnérable, tant il est personnel. L’instant était émouvant, pour le public mais aussi pour Etienne Daho, enfin de retour dans la région de son enfance, devant un public explosant de joie. Le monsieur est touche à tout. Dans le centre-ville de Saint-Malo, plus précisément dans la tour Bidouane, une partie de l’exposition “Daho l’aime Pop” se visitait gratuitement. Cette série de photos témoignant de l’émergence d’une nouvelle vague de la chanson et musique française était auparavant visible à la Philharmonie de Paris.  

Vint le tour des Black Angels. Ce groupe de rock psychédélique américain fondé en 2004 ne peut venir que d’un endroit : Austin, Texas. Haut lieu de villégiature du psychédélisme, la ville accueil le festival Levitation, Austin Psych Fest depuis 2008. Véritable oasis au milieu d’un Texas conservateur. Pas étonnant donc qu’un des plus grand groupe de rock psyché actuel y ait vu le jour. En concert, les visuels sur grand écran font leur effet : couleurs changeantes, variations épileptiques, ondulations hypnotisantes. Les vocalises en fond et la voix puissante et perçante de Alex Maas font mouche. Du début à la fin, le public est sous tension. Le groupe sait faire régner une atmosphère anxiogène mais tout à fait délectable. Les voix et mélodies résonnent avec une force incontestable.

Le clou du spectacle, c’est bien évidemment les Brian Jonestown Massacre. Les rouflaquettes de Joel Gion ont fait battre le cœur de l’équipe Underlined. Le groupe est tellement prolifique ces dernières années qu’il avait une multitude de morceaux “neufs” à présenter tout droit sortis des derniers albums comme Don’t Get Lost ou Something Else. Il y avait un morceau à ne pas oublier, nous les attendions au tournant : Anemone. D’une voix envoûtante, la chanteuse a repris en français cette chanson emblématique du groupe. Ce groupe a géométrie variable fait preuve d’innovation constante : rock psychédélique, rock expérimental, rock indépendant, un peu d’éléctro et de shoegaze… tout y passe. On ne s’en lasse pas, et on ne s’en lassera jamais. Si l’histoire du groupe le moins sage des États-Unis et de leur meilleurs ennemis, les Dandy Warhols, vous intéresse n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au documentaire DIG!

Pour terminer la nuit, nous nous sommes attardées devant les chiliens Föllakzoid. Beaucoup de boucles, beaucoup de motifs à répétition pour une ambiance planante et hypnotisante, voire dansante et envoûtante, selon la forme de chacun à deux heures du matin. On parlera pas ici de rock psychédélique mais pourquoi pas d’électronique. C’est du moins ce que notre oreille a perçu pendant ces morceaux d’une dizaine de minutes. Venant du Chili, on ne s’attend pas à voir débarquer cet ovni musical, mais on est bien contant d’avoir croisé sa route. Le rock et l’électronique ne sont pas réservés aux pays nordiques. Allez aussi faire un tour du côté de La Hell Gang, eux-aussi de Santiago du Chili pour ceux qui seraient intrigués par la scène musicale chilienne.

 

La fièvre du samedi soir

Nous commençons la soirée avec Cut Worms, dont les ballades très douces nous séduisent. Nous enchainons sur Josh.T.Pearson, dont l’ambiance folk accompagne bien le coucher du soleil. A vingt heures, c’est au tour de Jonathan Bree (qui remplace John Maus). Si son album Sleepwalking nous a semblé manquer un peu d’identité, la performance sur scène a retenu notre attention. Le chanteur, comme toujours masqué, est accompagné par un couple de danseurs vêtus de blanc. Les chorégraphies intriguent et impressionnent peut-être davantage que les morceaux eux-mêmes. À peine le concert est-il terminé qu’il est temps de changer de scène, le monde se presse déjà pour voir Patti Smith. 

Jonathan Bree à la Route du Rock

Patti Smith était probablement l’un des artistes, voire même l’artiste le plus attendu du festival. Grande figure du mouvement punk new-yorkais, Patti Smith est montée sur scène avec une énergie communicative. Seuls ses cheveux blancs marquent son âge (71 ans cette année). Si elle a chanté ses morceaux les plus connus (Gloria, Because The Night), elle a également interprété Beds are Burning, de Midnight Oil, ou encore Can’t Help Falling in Love With You d’Elvis Presley. Les prises de position et remarques qui ponctuent les chansons (notamment en faveur de la neutralité de Jérusalem) donnent une saveur particulière au moment. Ses paroles, loin de résonner dans le vide, nous donnent envie de partager son émotion et sa joie. Après une dernière chanson, l’artiste remercie son public, et quelques minutes plus tard, nous sommes devant Ariel Pink.

Patti Smith à la Route du Rock 2018

Ariel Pink livre une performance psychédélique, à l’image de son dernier album Dedicated To Bobby Jameson. Pourtant, nous avons bien du mal à apprécier pleinement le concert. Peut-être est-ce l’empreinte forte que nous a laissé Patti Smith. Ou tout simplement un décalage entre des morceaux très énergiques et l’ambiance plus planante de Patti Smith. Nous attendons donc le prochain concert, Nils Frahm. 

Ariel Pink à la Route du Rock 2018

Si l’on pouvait craindre la transition entre l’énergique Ariel Pink et la sobriété de Nils Frahm, le passage se fait tout en douceur. L’artiste a joué son nouvel album, All Melody et donc nos morceaux préférés Momentum et All Melody.

Plus électronique que ses anciens albums ne pouvaient l’être, All Melody s’adapte parfaitement à l’ambiance de la Route du Rock.

Nils Frahm à la Route du Rock

Nils Frahm, grâce à son originalité dans une programmation plus rock, est l’un des artistes qui ont marqué le festival. Si Jonathan Bree s’était fait remarquer par un numéro de danse travaillé, Nils Frahm, au contraire, a opté pour la simplicité. Seul, sans effets de lumières spectaculaires, il est hypnotisant quand il passe du piano aux machines. L’artiste a su instaurer une ambiance toute particulière, étrangement silencieuse. Une pause agréable et belle surprise de la soirée.

Encore sous le charme de Nils Frahm, Ellen Allien puis Veronica Vasicka nous permettent de finir la soirée du samedi sur une note plus dansante.

Dimanche

Nous avons tranquillement débuté cette journée, à 16h, à la plage devant Forever Pavot. Armées des nos méduses en plastiques et les pieds sur des rochers dangereusement coupants, nous observons de loin la petite scène dont s’échappe des sons furieusement tapés au clavier. Difficile de donner un genre à la musique de Forever Pavot tant elle est personnelle et variée, mais sachez qu’elle passerait aisément pour une musique de film. On les adore, et on les attends à nouveau de pied ferme à Bordeaux.

Nous voilà à nouveau dans l’enceinte du fort, cirés sur le dos et chaussures cirées aux pieds de peur de se mouiller. Le temps est instable, la pluie guette. Nous arrivons juste à temps pour Charlotte Gainsbourg, tristes d’avoir manqué King Tuff et Protomartyr. Nous avions déjà croisé le premier vêtu d’une combinaison orange aux côtés de Ty Segall. Quant aux seconds, ils apportent une touche de post-punk un peu triste, un peu violent, qui frappe en pleine tête, c’est à dire juste où il faut.

Le set de Charlotte Gainsbourg est mélancolique et teinté d’une voix haut-perchée. Assise devant son clavier, elle chante un album inspiré de sa demie-soeur disparue. Notre coeur se serre lorsqu’elle entame Lemon Incest, hymne d’amour d’un père à une fille. Difficile en revanche de savoir si sans ce nom illustre, la fille aurait retenu notre attention. Au-delà d’un sentiment de calme et d’apaisement devant une mise en scène bien travaillée et épurée, la musique n’enivre pas les coeurs.

C’est à la nuit tombée que Phoenix fait son entrée en scène. Pour les avoir déjà croisé à Garorock il y a quelques années, on sait à peu près à quoi s’attendre. Le groupe ne déçoit jamais et donne toujours le meilleur de lui-même. Le chanteur, Thomas Mars, nous raconte ses plus beaux souvenirs de la Route du Rock lors du passage de Pheonix il y a 14 ans. Quelques morceaux de Ti Amo accompagnés de tubes comme Lisztomania suffisent à déchaîner la foule. L’ambiance dansante et électrisante du show décide Thomas Mars à se jeter dans la foule à plusieurs reprises. Petit instant douceur et nostalgie cependant lorsque le groupe reprend Playground Love, en hommage sûrement à Sofia Coppola. Phoenix est un groupe qui ne vieillit pas et dont on ne se lasse pas. On aurait bien passé la soirée à les écouter !  

Encore séduites par la performance de Phoenix, nous sommes impatientes de découvrir The Lemon Twigs, duo des frères D’Addario. Il y a treize ans, les deux enfants postaient déjà leurs premiers morceaux sur YouTube. Cet été, ils jouent leur deuxième album “Go to school” sur la scène du festival. Leur univers, qui rappelle la pop des années 60, nous avait séduites à la première écoute. Nous sommes pourtant un peu déçues par le live, qui nous semble manquer d’énergie.

Jungle, au contraire, nous a fait bouger. L’ambiance était beaucoup plus dansante, les mélodies funk et groove créant une atmosphère festive. Leur titre Busy earnin’ a d’ailleurs déjà été utilisé dans films, séries et jeux vidéos (Magic Mike XXL, FIFA 15). Tout comme Nils Frahm lors de la précédente soirée, introduire un groupe plutôt soul dans un festival de rock pouvait s’avérer risqué. Nous avons pourtant bien apprécié le concert, et avons fini la soirée sur cette note positive. Un regret tout de même, celui d’avoir manqué le Dj set de The Black Madonna, devenue une référence dans la house mondiale.

Jungle en concert à la route du rock 2018

No(s) regrets

Pour commencer, nous aurions aimé assister à la soirée du jeudi soir. Marlon Williams, Ezra Furman et The KVB se produisaient pour une courte nuit dans l’enceinte du fort.

Si ces trois jours ont été intenses et chargés, nous gardons un excellent souvenir de la Route du Rock. Le festival aura été pour nous l’occasion de voir des groupes que nous aimions déjà (Phoenix) mais également d’être agréablement surprises (Nils Frahm). Nous continuerons à suivre de près l’actualité musicale de bon nombre des artistes ! 

Mouettes en fête à Saint Malo pour la Route du Rock 2018

Mouettes en fête à Saint Malo

Article écrit avec Marianne Cocula.

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