Dans le monde informatique, se produit parfois des phénomènes étranges comme les glitchs : ils sont mystérieux pour les hommes et décadents pour la machine. On associe souvent le concept de glitch à une idée de dysfonctionnement du système. L’information qui nous parvient est difforme. On pourrait presque croire qu’un spectre contrôle la machine. Mais qu’en est-il vraiment ? D’où vient-il ? Que nous veut-il, ce glitch ? Réponse et métaphores filées

Le programme et sa course effrénée vers le résultat

Définition

Pour définir ce que pourrait être le glitch, il suffirait de s’élancer à partir de l’origine du mot. Si l’on écoute Wikipédia, le mot pourrait provenir de l’allemand glitschen (to slip) et du Yiddish gletshn (to slide ou to skid). Dans ces trois propositions de traduction en langue anglaise, il y a cette idée que le glitch est un glissement, un dérapage ou bien encore une perte de contrôle.

Il s’agit alors de séparer les idées de bogue et de glitch. Le bogue stoppe un programme : le processus « ne répond plus ». Le programme est quelque part invivable, il n’a plus les outils nécessaires pour continuer sa destinée.

Le glitch quant à lui est souvent associé à la défiguration partielle ou totale de la destinée d’un programme (c’est-à-dire son résultat). L’image est déformée, le son éclaté, les nombres hors des réalités, … Mais le programme ne s’est pas vautré pour autant ! Il a continué sa route hors du chemin tracé. Il a glissé, s’obstinant à donner un résultat si absurde soit-il pour nous.

A gauche : The Fabulous Blue Screen Of The Death (un bogue) / A droite : Un Mac qui se la joue Windows XP (un glitch)

La danse de l’informatique

Il existe une série de vidéos où des femmes et des hommes dansent à partir d’algorithmes de tri. Ces vidéos sont tout à fait intéressantes pour comprendre le glitch à partir de l’étymologie proposée.

De prime abord, on peut remarquer que l’algorithme mène le pas de la danse. Chacun des danseurs s’est vu attribuer une information (ici un nombre) et leurs danses sont déterminées par cette même information qui est traitée par l’algorithme. Le danseur n’est ici qu’un moyen de montrer le résultat du programme. Le résultat que l’on cherche à obtenir dans ce programme n’est pas son résultat (une liste de nombre triés) mais son algorithme, le flux permanent des danseurs.

Ce flux va déraper et ainsi altérer ce que l’on attendait du spectacle. Tout comme lorsque l’on regarde une vidéo glitchée à cause d’une mauvaise compression.

Pour aller plus loin, dans la similitude entre la danse et l’informatique, on peut rappeler les mots de Mark Alizart dans Informatique Céleste : « Hic machina, hic salta ! » (ici est la machine, il faut sauter [dans la danse de l’informatique ! ajoutait-il]). L’informatique devient une danse de l’esprit.

Jouer à un Twister géant, c’est devenir un programme.

Regardons notre écran : des milliers de pixels changent leurs couleurs en permanence et ce, grâce à l’agilité d’un quelconque algorithme qui gère tous leurs paramètres en « arrière-plan ». Il faut en fait imaginer la machine jouer à un Twister géant. Elle reçoit une instruction de la part de la « girouette » qui lui dit : « mets un de tes membres sur une pastille de cette couleur ». Dans le cas de notre écran, il s’agit de changer l’intensité de chaque sous-pixels en fonction d’un signal donné par l’utilisateur.

Le glitch : une danse étrange

Prévert et l’étrange

Si l’on veut reprendre la distinction entre glitch et bug au travers de la poésie, on pourra citer ces quelques vers de Prévert :

« Être ange
C’est étrange
Dit l’ange
Être âne
C’est étrâne
Dit l’âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
dit l’âne
Étrange est !
Dit l’ange en tapant du pied
Étranger vous-même
Dit l’âne
Et il s’envole.»

Outre le fait que Prévert est un sacré fanfaron, ce qui est ici inattendu, c’est la réponse de l’âne. Le glitch est plus que étrange, il est « etrâne », il est « plus étrange qu’étrange », il ne veut rien dire du tout. Tout comme l’âne, on ne sait pas ce qu’il raconte et on ne sait pas si c’est lui ou l’âne qui s’envole à la fin, tellement que les deux protagonistes s’entremêlent dans le poème.

Etre âne : une condition pour que le glitch soit.

Le résultat est un monstre informatique : il n’a aucune chance d’être pensé, transformé, analysé… Il est même parfois source de peur.

Qui n’a jamais craint un glitch ? Quand l’écran n’affiche plus que des lignes random de toutes les couleurs, quand le son des haut-parleurs ne sort plus qu’un amas de fréquences hasardeuses. Quel est cet être qui tente de communiquer avec moi ?

L’expérience personnelle du glitch et la danse avec le désoxyribonucléique

Il faudrait alors faire l’expérience de créer soi-même (involontairement) un glitch pour comprendre quelle est son origine.

J’avais créé un programme qui permettait d’afficher chaque base de l’ADN de n’importe quel être et ce, dans un quadrillage de couleur.

Le programme au début ne faisait que faire défiler automatiquement des séquences d’ADN. Il était indépendant et ne s’arrêtait qu’une fois toutes les bases lues. J’ai voulu créer une fonction qui permettait de changer la vitesse du défilement, ainsi que le sens. Or, il s’est avéré que la fonction était un échec. Il n’y avait que de longues traînées d’ADN (l’information contenue dans le quadrillage ne se mettait pas à jour). Néanmoins, il s’avérait que si la souris envoyait une information au programme, le quadrillage actualisait son information contenue le temps de l’événement tout en continuant à faire défiler les acides.

Les traînées de bases étaient un glitch, un glitch que je trouvais magnifique. J’ai ainsi exploité l’erreur de mon programme pour pouvoir « danser avec l’ADN ». En faisant ce programme, il y a eu d’autres erreurs, quand l’ADN circule dans le sens inverse à la fin par exemple.

Il s’avère que le clip n’a pu être réalisé car je suis un âne (en tant que développeur). Le fait que je code avec les pieds donne lieu à des erreurs d’affichage.

L’ADN peut faire pareil. En se répliquant, des erreurs peuvent se glisser. Même s’il existe une « relecture » de l’acide copié, celui-ci donnent parfois lieu à une autodestruction de la cellule (elle n’est pas viable) ou bien à une tumeur (boule informe inutile ou nuisible mais faisant pour autant partie intégrante de l’organisme).

Ainsi, quand on parle de code génétique ou de code informatique, l’analogie ne se fait pas sans raison. Il y a quelque chose dans ces codes qui rapproche le vivant et la machine. Ils dictent à un système (informatique ou organique) ses fonctions et sa destinée. Comme la vie est parsemée d’accidents, le développeur n’en est pas à l’abri. L’informatique se lie à la vie et en devient une manifestation.

Le glitch est alors comme une mutation viable d’un code. Le code informatique, déjà préinscrit dans l’ADN (car l’ADN permet de structurer la vie d’un individu sans pour autant tout déterminer de sa vie future), se voit être soumis aux dures lois de la nature.

Il était une fois l’homme.

Nous disions que le code ou l’algorithme était une sorte de danse de l’esprit. Cela explique que le code parfait soit un rêve presque illusoire. Dès qu’il y a code, il y a accident et erreur car un code est fini : il ne peut pas prendre en compte toutes les possibilités, tous les évènements qui pourraient entraver le bon fonctionnement de l’algorithme. Le glitch est lié ni plus ni moins à la finitude de l’homme du code.

Conclusion

La définition du glitch n’est pas une mince affaire lorsque l’on regarde toutes les directions prises dans cet article. Il semble cependant s’approcher de l’idée d’un glissement (comme le laissait supposer son étymologie). Néanmoins, il a aussi l’image d’un mauvais pas de danse chez le développeur. Le développeur se retrouve être âne et son code part dans la mauvaise direction sans pouvoir revenir sur le chemin. De plus, le glitch gardera toujours cette part de mystère. Il est impossible de prévoir à l’avance quelle pourrait être l’erreur commise lors de l’élaboration du code.

 

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A propos de l'auteur

Floran

Inculte à la saison des vendanges et devient apéirophobique à l'heure de l'apéro.

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