…Et je ne dis même pas ça vis-à-vis de l’écologie ou de la situation internationale

Ne nous leurrons pas, sortir d’un État fasciste en 6 ans résultait plus de l’exploit que de la norme. Et pourtant, par égo ou aveuglement, nous pensons que parce que nous avons repoussé un État autoritaire une fois, nous le repousserons encore plus vite et fort une deuxième fois. Pire, parce qu’on nous a fait le coup une fois, on le verrait venir en faisant barrage la seconde.

« J’adore les libertés fondamentales, dans 20-30 ans, y en aura plus »

Nous voici donc dans une ère où des « principes à valeur absolue » sont limités par une garde à vue de 48 heures en cas de doigt d’honneur ou de port de matériel de protection. Une ère où les lanceurs d’alertes sont visés par une enquête de la DGSI.

Nous voilà dans un pays où des rappels à la loi peuvent entrainer une interdiction de paraître sans recours possible. Un pays où un préfet peut interdire le port d’« objets destinés à dissimuler tout ou partie du visage » ou d’« équipements de protection destinés à mettre en échec » les moyens utilisés par les forces de l’ordre, lors de manifestations. Ce même préfet qui se félicitera alors sur Twitter d’avoir confisqué des « armes par destination » de type gants, gilets jaunes (par dizaines), caméras, casque « presse » ou encore clés.

On aurait alors pu penser que ce « désarmement » des manifestants se serait justifié grâce à un système moins répressif. Que nenni. Un député En Marche demande à oublier une affaire où des policiers avaient assassiné un étudiant. Penser autrement serait faire preuve de « bien-pensance » (visiblement un défaut). Même le Parti Communiste Français demande à ce que les effectifs des forces de l’ordre soient gonflés.

Dès lors, fort de cette confiance absolue du politique, qu’il y a-t-il de surprenant à ce que la police continue ses combos nassage et gazage ? Que risque-t-elle quand le ministère de l’intérieur s’empressera d’annoncer une « attaque » d’un hôpital où les manifestants ont simplement cherché à se réfugier ? Que peut-on lui reprocher lorsque ceux n’ayant jamais goûté au gaz lacrymo se contentent de dire qu’ils n’avaient qu’à pas y rentrer ? Ou pire, que si cela fait si mal au vieux monsieur, qu’il n’avait qu’à pas manifester ? Est-il aussi réellement étonnant que des policiers jettent des pavés sur les manifestants lorsque l’enquête du Sicop, ne s’intéressera qu’à déterminer s’ils pouvaient jeter autre chose pour qualifier une faute ?

Faut-il s’émouvoir qu’un policier gifle un manifestant quand même le terme de « violence policière » nous a été confisqué ? Relégué au rang de « théorie » ou de « ceux que certains appellent », il faut aujourd’hui être d’ultra-gauche pour en parler. En dehors de la presse qui se nomme « alternative », ce sont d’ailleurs surtout les sites de fact checking qui s’y intéressent, sans possibilité d’avoir une approche globale et de tendances. Pour un de leurs articles, combien fausseront les photos ou reprendront les propos du ministre sans les vérifier ?

Les chaînes d’information auront vite fait de discréditer les gilets jaunes avec une fascination malsaine pour la violence. Et en même temps, on pouvait s’y attendre. Contenter ceux qui ne les aiment pas, faire réagir ceux qui les soutiennent, habile schéma pour récupérer un publics double. Si l’on peut faire des blagues sur l’écologie, parler à ses militantes comme à un enfant et rester en poste, on ne risque visiblement pas grand chose.

Manifestants pris en photo par Ulysse Logéat. Les gaz lacrymogènes nuisent à leurs libertés de revendiquer un message politique pacifiquement.
©2019-Ulysse Logéat

Tristes européennes

Alors oui, la liberté aujourd’hui me semble menacée.

C’est le Sénat qui doit créer une commission d’enquête sur des conditions de maintien de l’ordre. L’Assemblée Nationale ne le ferait de toute façon pas.

C’est la candidate « progressiste » aux élections européennes, qui considère que la diversité au sein de l’UE c’est d’avoir des pays pour lesquels le mariage gay c’est « même pas en rêve ». C’est celle qui appelle les gays « tous gais » ses « frères homosexuels » « extralucides » pour se défendre d’homophobie.

C’est ce glissement de terrain qui fait qu’on parle de foules pour mieux déposséder les individus de leur libre-arbitre. Ce glissement qui fait que quand J’veux du soleil montre des personnes en situation de souffrance, on lui reproche de ne pas voir la foule. Heureusement, vient l’amnésie au moment de féliciter une à une les grosses fortunes pour Notre-Dame. Quoi de plus logique ? Ils sauvent des poutres qu’admirent les individus plutôt que la masse qui vit la misère.

À l’approche des élections européennes, on retrouve cette même logique au moment d’aborder l’immigration. Plus question de savoir s’ils ont la liberté de venir, les migrants sont désormais une question de flux à gérer. La gauche de gouvernement a définitivement délaissé son combat qui consistait à prouver la positivité de l’accueil des réfugiés. Il s’agit aujourd’hui de montrer que le Grand Remplacement n’existe pas. Pour les plus courageux, on pourra aussi rappeler que l’immigration est une bonne chose pour l’économie d’après l’INSEE.

Quand on voit l’importance donnée à ce débat où le centre reprend la rhétorique de Génération Identitaire, une vérité crue apparait. Quels que soient les résultats, les élections européennes prévoient d’être un grand échec. On sait déjà pourquoi. La réalité est que chaque jour apporte avec lui son lot de répression et d’inhumanité. Chaque fois, le silence de la classe politique se fait plus assourdissant.

Liberté, je n’écrirai déjà plus ton nom qu’en rubrique nécrologie.

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