Comme chaque année, le cinéma a ses moments de gloire mais aussi ses moments où il se cherche. Parmi les long-métrages sortis en 2019, certains ne sont pas très glorieux.

Pas la peine du culpabiliser, il est parfois bon de rater des films. Voici une sélection de films que vous auriez pu avoir envie de voir mais que vous avez finalement bien fait d’éviter. On n’a pas eu le courage de voir tous les navets mais certains films s’avèrent quand même trop lent, redondant ou inintéressant.

Le Mans 66, la course redondante

Tous les Oscars du monde ne changeront rien à ce qu’est concrètement ce film : un film trop lent. Pendant 2 heures 30, peu de choses se passent. Les personnages n’évoluent pas ou le font sans raison, leurs relations sont donc (forcément) caricaturales. Les courses ne dynamisent en rien l’ensemble. Plan sur le compteur de tours pour essayer d’introduire un peu de suspense ; plan sur le pilote (joyeux gagnant ou concentré pour gagner) ; plan de lui de travers pour le voir dépasser les autres ; plan près du sol pour montrer que, quand même, il va vite. Le jeu de Christian Bale est plutôt convaincant mais ne suffit pas à rattraper l’ensemble.

En soi, le film se regarde sans véritable intérêt mais quitte à l’avoir manqué en salles, autant regarder Rush ou Redline.

Rush, un vrai film de bagnoles
Rush, ça c’était du film de voitures

Alice et le Maire, un scénario à la dérive

Les fans de Luchini peuvent avoir un passe-droit pour celui-là tant l’acteur joue à merveilles. Pour le reste, le film est franchement oubliable. On remarquera d’abord l’absence de crédibilité d’environ la moitié des répliques d’Alice (le personnage principal donc) puis le manque de subtilité du reste des personnages.

Le film se pose comme un état des lieux de ce qu’est la gouvernance locale : déconnectée mais sur le terrain, progressiste sans progrès, bureaucrate sauf quand le maire en décide autrement. L’idée était belle mais le film n’a pas la finesse nécessaire pour la développer et se retranche sans arrêt dans des clichés pour faire rire. Lorsque l’on aborde l’écologie, c’est avec une militante artiste dépressive ; lorsque l’on veut changer de communication, on nomme la moins qualifiée possible pour s’en occuper. –

Si vous tenez aux intrigues politiques en VF, Baron noir est de meilleure facture.

Les Éblouis, un plein phare aveuglant

Parler des sectes en adoptant le point de vue d’une adolescente en pleine puberté qui veut en sortir sa famille, c’était une très bonne idée. Malheureusement, le film fait toujours un pas de côté. La thématique du corps et de la puberté est omniprésente au point qu’elle prend le dessus sur d’autres questions. On ne comprend pas très bien les mécanismes internes qui poussent à s’enfoncer dans l’enfermement, c’est dommage. Bien entendu, l’approche se défend et le film n’est pas mauvais mais il ne remplit pas la mission qu’on pourrait attendre de lui : nous éclairer sur le sujet.

Creed II, Rocky sans punch

D’aucuns prétendent que l’intelligence artificielle ne pourrait pas remplacer un artiste. Pourtant, Creed II fait partie de ces films incroyablement mécanique. Un peu comme si on avait mis en mode automatique toute la réalisation du film.

La musique qui intervient tout le temps, la faible profondeur de champ permanente, le son des coups amplifiés, la structure en victoire-défaite-victoire, les dialogues pour exprimer les émotions : tout ce que le cinéma a de standardisé est là. L’image est si lisse (comme le scénario) qu’on se demanderait si le film n’a pas été fait en images de synthèse.

Florian Munteanu stars as Viktor Drago in CREED II, a Metro Goldwyn Mayer Pictures and Warner Bros. Pictures film. Credit: Barry Wetcher / Metro Goldwyn Mayer Pictures / Warner Bros. Pictures © 2018 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.
Capture d’écran du film, pas du jeu vidéo

Rocky avait, lui, le mérite d’apporter quelque chose de nouveau.

À couteaux tirés, les cheveux le sont aussi

On est contents de revoir tous ces acteurs jouer des personnages étant la parodie de leur propre rôle. On regrette néanmoins, que cette satire soit un peu timide. L’assumer voire la tenir jusqu’à l’absurde l’aurait rendu moins accessoire.

Daniel Craig, Chris Evans, Noah Segan, Ana de Armas et LaKeith Stanfield dans Knives Out ou A couteaux tirés (2019)

On se plaît aussi à trouver qui a fait quoi au travers de fausses pistes et de vrais indices façon Cluedo. Mais alors, qu’est-ce que ce film est niais. Rian Johnson, le réalisateur, s’entête dans une morale au point que l’affaire ne se résout tant pas par des preuves que par une moralité des plus candides. Dès lors, on comprend le montage parfois un peu étourdissant du début. Le spectateur n’a pas besoin de comprendre pour élucider l’affaire puisqu’il ne le pourra pas le faire avec la raison mais avec l’émotion.

The Hate U Give – La Haine qu’on donne, individualisme sans perspective

Le film a le mérite d’incarner un sujet important : le racisme systémique aux États-Unis et la spirale de la pauvreté. The Hate U Give (THUG) s’arrête néanmoins là.

Les causes de ces fléaux : le gangstérisme qui gangrène le quartier et les policiers. Les premiers créent une omertà qu’il convient de briser. Les autres continuent de craindre que les Noirs leur tirent dessus, statistiques à l’appui. D’autres questions sont à juste titre évoquées comme l’appropriation culturelle, le rôle des Blancs dans une lutte qui n’est pas leur, l’universalisme face aux communautés.

Premier problème : le film ne propose pas, dans ses dialogues, de solution à toutes ces questions si ce n’est d’être brave et courageux. Il faut alors se tourner vers la façon dont les personnages (ré)agissent pour en trouver une. Nouveau problème : l’histoire se perd dans son individualisme et croit trouver dans ce problème social une solution via un personnage. Le livre, ou son adaptation, aurait alors pu avoir une vertu performative en initiant une révolte, ça n’a pas été le cas, dommage.

Les Étoiles Vagabondes, feu Nekfeu

Les rappeurs sont des personnages, on l’aura compris. Ici, le film, est impeccable dans l’image de Syrine Boulanouar comme dans l’écriture. Et c’est là tout le problème.

Dans cette autobiographie d’un bout de sa vie, Nekfeu se dévoile mais Ken Samaras (le nom sur sa CNI) reste muet. Tout est lisse. Le bordel de sa vie n’est pas montré. Ses phases de vide et d’errance ne sont évoquées que pour dire qu’il va s’améliorer. Loin de montrer ses lignes de failles, l’artiste met simplement en scène sa recherche obstinée pour trouver l’inspiration façon shônen. Agréable, mais on aurait pu s’attendre à quelque chose d’intime, personnel ou vrai, à quelque chose qui soit touchant en somme.

Hellboy, gore à mort

Peut-être que vous ne comptiez pas le voir de toute façon mais sait-on jamais, à l’occasion d’une nuit alcoolisée, l’envie de regarder un bon nanard pourrait vous prendre. Sauf que celui-ci est particulièrement à éviter.

Ian McShane and David Harbour in Hellboy (2019)

Le film est laid. Les maquillages ont un côté cheap sans avoir l’aspect charmant du désuet qui va généralement avec. Ensuite, les personnages sont pires que caricaturaux puisqu’en plus d’être mal joués, leur motivation reste floue et leur développement assez hasardeux voire aléatoire.

Ralph 2.0

Ce qui est bien avec les films pour enfants, c’est qu’ils sont courts et que ça va vite. Ce n’est hélas pas le cas de Ralph 2.0.

©2018 Disney

Le Ready Player One s’enfonce dans des retournements de situations qui n’apportent rien. En fin de compte, le long-métrage Disney va jusqu’à faire l’affront de ne même pas donner la morale sous forme d’apologue. Les dessins ne sont pas particulièrement beaux. Le film ne trouvera d’intérêt pour personne.

Hors catégorie

Également, ne cherchez pas à rattraper :

  • After, Chapitre 1 sauf si vous aimez les comédies mal jouées à l’eau de rose ;
  • Escape Game sauf si vous aimez les expérimentations peu convaincantes en terme de montage ;
  • Victor et Célia sauf si vous aimez l’entreprenariat et les histoires d’amour au point de voir tous les films qui s’y rattachent ;
  • La trilogie de l’amour Je t’aim3 de Vald sauf si vous pensez que c’est un génie ;
  • Le documentaire Enter The Anime sauf si vous n’y connaissez rien aux animes et que vous avez toujours envie de rien y connaître ;
  • Au bout du monde sauf si vous êtes fondamentalement passioné(e) par les relations entre l’Ouzbékistan et le Japon.

Que fallait-il voir cette année alors ?

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A propos de l'auteur

Gaspard

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Quelque part entre Pascal et Cioran, rages et fleurs ; vivre la tête haute et le cœur léger, transformer la nuit en matin.

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