Si 2019 a eu ses mauvais films, on a quand même vu des perles sur les écrans. Problématiques intéressantes, sujets bien traités, mise en scène réussie, jeu d’acteur convainquant, lumières utilisées à bon escient, image léchée, couleurs équilibrées, montage original, autant d’éléments qui peuvent être convaincants pour faire de bons films. Et parce que tout ne se vaut pas, on vous a choisi le haut du panier :

M, comme magnifique

Il y a des films qui marquent tant par le fond que la forme. Malgré sa faible médiatisation, M en fait partie. Yolande Zauberman, la réalisatrice, suit Menahem, de retour à Bnei Brak, la ville juive ultra-orthodoxe où il a grandi. Dans cette banlieue de Tel Aviv, le chanteur cherche à se réconcilier avec ces hommes qui l’ont violé. Dans sa quête de pardon et de sens, il croise autant d’habitants que de témoignages et d’éclairages sur la pédophilie qui règne.

M : Photo

Si le sujet est extrêmement fort, la caméra à l’épaule rend les déambulations et entretien encore plus saisissants. Jamais droite, toujours en mouvement et mal mise au point, comme si l’image devait s’effacer pour laisser place à l’irreprésentable. On est pris par ces histoires inconcevables qui s’entrecroisent mais aussi par Menahem qui chante sa souffrance pour essayer d’aller de l’avant.

Portrait de la jeune fille en feu, sulfureusement hors du temps

Le film fait de sa faiblesse une force. Céline Sciamma choisit 1770 pour installer son intrigue comme pour nous rappeler à quel point ses thèmes sont universels. Avec une très belle image et un équilibre subtil de couleurs, la succession de tableaux raconte une modeste histoire où Adèle Haenel doit peindre Noémie Merlant sans qu’elle s’en rende compte. La caméra rend compte aussi bien de la timidité que de l’embrasement du désir.

Le film est parfois lent mais ce rythme correspond à un constat trop souvent oublié. Tous les sentiments ne passent pas par des dialogues. Une belle méditation pas si solitaire.

Les Misérables, la misère tombée par terre

Film coup de poing, successeur de La Haine, Les Misérables est un film intelligent où tous les éléments se répondent pour converger vers le même point. Mettre à part ne règle aucun problème.

Les zooms et la mise au point hésitante renvoient directement à notre propre difficulté à se positionner dans cette lutte entre deux camps qui n’aspirent finalement qu’à la même chose : se sentir légitime dans son action. On sourit peu mais on apprécie beaucoup.

J’ai perdu mon corps, l’animation française a trouvé sa voie

Jérémy Clapin, réalisateur de l’excellentissime Skhizein , nous livre un premier long-métrage touchant. Plusieurs histoires se superposent. Une main partie à la recherche de son corps montre toute l’étendue de l’imagination qu’autorise l’animation. Les péripéties de Naoufel apportent de la tendresse pendant que ses souvenirs amènent à réfléchir sur les thèmes de l’identité et du sens à donner à sa vie.

Des personnages fouillés et attachants et une animation soignée et dynamique pour quelques virées poétiques, que demander de mieux ?

Un grand voyage vers la nuit, chasse au pays des rêves

Énigmatique et onirique, Un grand voyage vers la nuit constitue une rêverie à part où l’on comprend le film par bribes sans savoir s’il faut les lier entre elles pour y trouver un sens.

On se laisse porter sans tout pouvoir déchiffrer. Contempler cette pluie qui ne s’arrête pas, comme la détermination du personnage principal suffit. Les mouvements de caméras et les dialogues philosophiques sont tellement envoutants. Le tout s’incarne dans une esthétique à la croisée de Birdman et d’Enter The Void, on ne saurait dire non.

Les Étendues Imaginaires, flou artistique et frontières

Les Étendues imaginaires se présente comme un policier où s’enchevêtre les frontières comme autant de problèmes.

Frontières entre le virtuel et le réel dont on ne sait plus si elles sont souhaitables ou non ; frontières entre les personnages qui ont tant de mal à aller les uns vers les autres ; frontières d’Hong Kong qui s’élargissent en important du sable ; frontière disparue entre les différentes nationalités des ouvriers venus participer à ces chantiers dans la plus grande précarité ; frontières avec leurs responsables qui les malmènent ; frontière entre le rêve qui empêche le détective de sombrer et la dure réalité, la boucle est bouclée. Subtile avec une ambiance envoûtante et des lumières intrigantes, un régal.

Asako I & II, what is love?

L’Asie avait décidément des leçons de cinéma à donner cette année. Pour Asako I & II, la rédaction est partagée. À CannesAsako a été moyennement apprécié.

Les longueurs et l’inexpressivité d’Asoko peuvent faire peur. Pourtant, elles sont autant de façons délicates d’exprimer l’incertitude et la façon dont, finalement, les relations ne sont jamais que des projections. Pourquoi aimer lui plutôt qu’un autre ? Quel choix avons-nous ? Des questions auxquelles le film nappé d’une tendre lumière répond par indices qui sont autant de touches d’une toile impressionniste. Celle-ci ne serait d’ailleurs qu’un monochrome si le jeu d’Erika Karata ne permettait pas de les nuancer grâce à ses subtiles demi-expressions.

Tu mérites un amour, la tendresse du doute

Le budget du film était serré et pourtant, quel charme ! Tu mérites un amour c’est une histoire sans prétention ni fioriture. Lila (Hafsia Herzi, aussi réalisatrice) cherche à oublier son ex en expérimentant différentes façons d’aimer et de se faire aimer. Comme un reportage sur l’amour au XXIème siècle, les portraits d’amants se succèdent pour documenter ce que c’est que de s’attacher sans jamais être redondant. Le naturel des acteurs rend le film à la fois touchant et drôle

Tu mérites un amour : Photo Hafsia Herzi

Sympathie pour le diable, le journalisme made in guerre civile

Paul Marchand était journaliste, il a couvert le siège de Sarajevo et le film montre à merveille ce que ça devait être. On le suit à 100 à l’heure dans sa Ford Sierra, constamment hésitant entre le besoin de dénoncer la situation et la rage de voir son rôle limité à celui d’observateur.

Malgré la tension de la situation, Sympathie pour le diable arrive à trouver son rythme et à temporiser la crainte permanente des personnages pour nous proposer un portrait complet d’un journaliste provocateur et humble sur fond d’une ville meurtrie. Paul Marchand l’aurait détesté, on l’a adoré.

Mais aussi…

  • Apocalypse Now est sorti dans une nouvelle nouvelle version (le Final Cut) et c’est toujours aussi fort ;
  • El Reino superbe thriller politique espagnol avec un excellent jeu d’acteur ;
  • Genèse, que l’on a trop peu vu en salle, retrace comme un recueil de nouvelles la puberté et la cruauté qu’elle doit affronter ;
  • Joker mais ça vous l’avez déjà vu ;
  • Parasites mais vous l’avez déjà vu et sinon la désapprobation de Durendal est un motif suffisant pour aller le voir ;
  • L’intéressant Synonymes sur la question de l’héritage moral ;
  • Le tendre, émouvant et le délicat Proxima sur une mère astronaute ;
  • Pokémon Détective Pikachu mais on en avait déjà parlé.

A propos de l'auteur

Gaspard

Grand g❀urou du site. 50% France Culture, 50% rap alternatif, 50% musiques électroniques moisies, 100% fluid, 0% de dignité.
Quelque part entre Pascal et Cioran, rages et fleurs ; vivre la tête haute et le cœur léger, transformer la nuit en matin.

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